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mercredi 20 novembre 2019

UN TRAITÉ DE CHIRURGIE, EN SA PERFECTION & ÉCRIT À LA MAIN!


Nous sommes en 1711. Les bagarres entre barbiers et chirurgiens sont en train de s’estomper.  Pour comprendre les rivalités qui les opposèrent jusqu’alors, il est bon de comprendre que l’exercice de la main sur le corps était de la compétence non de la médecine mais de la chirurgie, que l’art de raser et de faire le poil n’en était pas exclu et que cette spécialité était aussi… celle des barbiers. 



Bien que ça ne rue plus dans les brancards, il faudra cependant patienter jusqu’à la déclaration du 23 avril 1743, pour que la barberie soit enfin totalement séparée de la chirurgie.
Si nous insistons sur ces affrontements entre coupe-chou et scalpel dignes de ceux des Jets et des Sharks, c’est que le manuscrit que nous vous proposons s’ouvre sur un dessin à la plume qui figure un blason à trois boîtes d'onguent d'or, à la fleur de lys de même en cœur. Or, selon les sources, ces armoiries sont attribuées soit aux chirurgiens… soit chirurgiens-barbiers.
Ce crêpage de blason est-il, après tout, aussi important qu’il en a l’air ? Ben oui, quand même. L’auteur du manuscrit, dont on ne connait pas l’identité, cite en références, parmi d’autres -  Hippocrate et Gallien, Guy de Chauliac et  son célèbre Guidon – petit nom donné à sa Chirurgia Magna publiée en 1363,  mais aussi Ambroise Paré. 
 
Or, Ambroise Paré, tiens, justement, ne commença pas par être chirurgien. Il fut prosecteur d’un certain Sylvius. Le plus souvent, à l’époque, les professeurs des cours d’anatomie de la Faculté péroraient en chaire, postillonnant sur leurs prosecteurs à qui ils laissaient le soin de mettre les mains dans le cambouis. Or, ces prosecteurs se recrutaient habituellement chez les barbiers qui ne craignaient pas de maculer leurs tabliers en disséquant bonshommes et bonnes femmes silencieusement consentants. Ceci faisant, ils donnaient matière à la dialectique du maitre et l’esclave que Hegel formulerait au début du XIXe s. : depuis lors Sylvius n’a-t-il pas en effet sombré dans les oubliettes tandis que Paré continue à se tailler la part du lion au panthéon des bistouriteurs de génie ?
Pour en revenir à notre élégant manuscrit, – parce que nous sommes foncièrement imaginatifs -nous crevons d’envie, pour la beauté de l’extrapolation, de défendre l’idée qu’il fut composé par un étudiant en chirurgie, légèrement courtisan sur les bords. En effet, si l’on veut bien considérer que le chiffre joliment dessiné en fin de volume formé des lettres G. et M. cherchait à rendre hommage à George Mareschal, alors Premier chirurgien du roi Louis XIV, on pourra considérer ce Nouveau traité de Chirurgie en sa perfection, comme un ravissant fayotage.
Orphelin à treize ans, de son père manchot, Mareschal fut recueilli par son tuteur, Paul Knopf qui - nous y revoilà ! - fut chirurgien-barbier. Il fit de son pupille son garçon de salle. De fil en aiguille à suturer, le jeune Georges monta à Paris, apprit l’anatomie en travaillant bénévolement à l’hôpital de la Charité, avant de finir par charcuter, avec une grande réussite, Louis XIV, Racine, Saint Simon, le maréchal de Villars et tous les héros de la cour affligés de bobos.
Tous ces people versaillais s’en sont allés. Demeure le fayot inconnu et son délicieux Traité de chirurgie en sa perfection. 
 © villa browna

LE MANUSCRIT QUI NOUS A PERMIS D’ÉCRIRE CETTE LORGNETTE:
Manuscrit – Nouveau traité de Chirurgie en sa perfection
Sans lieu, 1711. In-4 plein veau, dos à nerfs orné. Frottements et un petit manque en bas du dos.
Titre illustré d’un blason, 349 pp., un ornement au chiffre G.M., 6 pages de table. Galeries de vers aux premières et dernières pages n’altérant pas la lecture. 3 déchirures sans manque restaurées.
Manuscrit de chirurgie rédigé d’une écriture particulièrement lisible. Le traité à proprement dit est  précédé de questions-réponses définissant le métier de chirurgien.
– En vente –

Nous écrire villabrowna[at]free.fr 

 

vendredi 18 octobre 2019

RÉCITS, RACONTARS & BAVARDAGES DU COMMANDANT GARNIER


Curieux bonhomme que ce commandant Pierre Garnier qui, rentré en France, laissa son cœur billebauder en Afrique du nord et ses yeux fureter dans toutes les bibliothèques qui avaient l’heur de conserver traités et revues, correspondances ou bizarreries cynégétiques. 


Sorti de Polytechnique en 1832, il fit une partie de sa carrière dans l’Artillerie en Algérie, en revint décoré de l’amitié de Bombonnel et de Jules Gérard, les deux lanceurs de la mode littéraire des chasseurs de fauves.
 « Semblable à Nemrod, écrivit un de ses amis journalistes, le commandant Garnier était un fort chasseur devant l’Éternel, c’était en même temps un écrivain cynégétique des plus distingués. Chaque sorte de gibier lui était familière, aussi a-t-il pratiqué toutes les chasses possibles en France et en Algérie et mettait-il largement ses connaissances pratiques au service de ses confrères en saint Hubert. » Et de fait, on lui doit un petit livre charmant et recherché sur la chasse à l’alouette, mais aussi des ouvrages sur chevreuil, le sanglier, le renard, le blaireau le lapin, j’en passe et des meilleurs. 


Or, un manuscrit du commandant Garnier intitulé Histoire naturelle et chasse – Récits, racontars, bavardages, souvenirs et notes vient de surgir à la librairie, sous forme de trois cahiers d’écolier reliés en toile écrue et noircis d’une écriture fort lisible. Ils n’ont visiblement jamais été publiés et restent jusqu’à aujourd’hui inédits. Rédigés entre le 10 juillet 1892 et le 28 janvier 1893, il n’est pas farfelu de penser que ce fut l’un des derniers, si ce n’est le dernier écrit de l’auteur qui, né en 1811, avait 81 ans au moment de sa rédaction. Il allait mourir en 1899.
                En grande partie consacré au gibier et à la domesticité des animaux sauvages, on trouve dans ce manuscrit, de très nombreuses anecdotes sorties de ses lectures et de son expérience. On y saute, allégrement, des attelages de cerfs à la chasse aux girafes, de la description d’un enfant-crocodile à la cuisson du hérisson, en passant par la pêche d’un esturgeon mahousse, la chasse à l’aide du léopard, l’évocation du dernier lynx tué en Allemagne, des considérations sur la rage, le portrait de deux bassets valets de cuisine, des racontars sur le loup, &c. De très nombreuses considérations sur la captivité des animaux sauvages à plume et à poil et sur leur comportement en détention ne manquent pas d’intérêt.



                Mais ce qui est le plus émouvant ici, c’est, comme nous l’apprend une mention sur le troisième cahier, que ces miscellanées furent expressément écrits pour Albert Garnier, le petit frère de Pierre. Au détour d’une page du Journal des chasseurs, on apprend de la plume même du commandant, que « près de deux lustres » les séparaient.  Pourtant, les deux  frères-chasseurs s’entendaient à merveille même si, c’est encore le Journal des chasseurs qui vend la mèche, ils se chamaillaient un peu au sujet de la chasse aux alouettes. Albert apparait, ici et là, en filigrane, dans les articles que Pierre donna aux journaux de plein air.  Le puiné ne put s’empêcher, par exemple, de taquiner la flemme fraternelle de son cadet : « Mon frère, qui, pendant bien des années, a chassé le lièvre et qui ne laissait courre que ce gentil quadrupède à ses sept ou huit bons chiens, n'a pas encore eu le courage de coucher par écrit les remarquables et curieux incidents de chasse dont il a été témoin ; je le regrette d'autant plus qu'il était excellent observateur. Je parle ici au passé; car il ne pratique plus et m’a cédé sa petite meute. » 
                On retrouve le commandant Garnier tout entier dans ce soupir. On a beau chasser l’écrivain-chasseur, il revient toujours au petit trot, portant cartouchière et encrier. © villa browna

LE MANUSCRIT QUI NOUS A PERMIS D'ÉCRIRE CETTE LORGNETTE:
Manuscrit - Commandant Garnier
Histoire naturelle et chasse – Récits, racontars, bavardages, souvenirs et notes.
Auxonne, trois cahiers d’écolier reliés en toile écrue. 1892-1893
Les trois cahiers sont  noircis d’une écriture serrée et lisible.
Miscellanées de chasse et d’histoire naturelle par un des aimables auteurs- journalistes cynégétiques de la seconde moitié du XIXe s.  

Nous écrire: villabrowna[at]free.fr




©villa browna