mardi 29 janvier 2019

ETIENNE DOLET, DE CAPE ET D'ÉPÉE


Dolet, de cape et d'épée!
#PourCeuxQuiSontPressés
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Pour ceux qui n'ont pas non plus le temps, mais qui le prennent quand même
A lire la vie d’Etienne Dolet, on se dit qu’il aurait fait un impeccable personnage de cape et d’épée et qu’il aurait pu être le héros d’un film d’André Hunebelle. Poursuivi par le Destin, compromis par ses ennemis, acculé à tuer, servi par un caractère (trop) entier, emprisonné à répétition, évadé une fois, sauvé in extremis d’autre fois, il aurait dû taper dans l’œil du réalisateur.
Oui, mais voilà. Le crâne précocement dégarni, le squelette allongé et parfois secoué de crises de palu, Dolet n’aurait décemment pas pu être incarné à l’écran par Jean Marais, l’acteur fétiche d’Hunebelle.
Oui, mais voilà. En guise de fer, Dolet dégainait du plomb, préférant à l’épée les livres qui ne sont foncièrement pas cinégéniques.
Oui, mais voilà.Sson histoire finit mal. Or, il est inconcevable qu'Henri de Lagardère, Rodolphe de Sambreuil ou le Capitan soient zigouillés à la fin de l'histoire.

AGAÇANT, CRISPANT...ATTACHANT DOLET
Deux livres entrés coup sur coup à la librairie permettent cependant de le regretter. C’est que l’on finit par s’attacher à la figure de cet humaniste à l’érudition époustouflante, à l’intransigeance totale.
L’un des deux ouvrages, tiré à 120 exemplaires en 1830, réédite son rare Second Enfer. L’autre - Estienne Dolet, sa vie, ses œuvres, son martyre –retrace en 1857 les 37 années d’existence de notre héros malheureux. Cet exemplaire est envoyé par son auteur, Joseph Boulmier, qui composait des vers, buvait sec, fréquentait Jules Vallès et les libres-penseurs. Il fut « le premier à présenter, de manière très explicite, Dolet comme un martyr de la libre pensée. Il fut d'ailleurs aussi un des tout premiers à faire usage de l'expression « libre pensée », tout au moins par la voie de l'imprimé »(1).



TUANT ANACHRONISME
De quoi continuer par-delà la mort, à faire de Dolet un mal compris. Dans sa trépidante biographie, Boulmier s’entête à faire de Dolet un libre penseur du XIXe, alors qu’il fut d’abord un homme de son temps, de ce XVIe paradoxalement humaniste et inquisiteur, un défenseur de la pensée antique, un amoureux de la page imprimée. De là à en faire un anticlérical, un hérétique, un anar, il y a un trop grand pas qu’il est insensé de franchir.

GRANDE GUEULE, OUI !
En revanche, grande gueule, il l’était, oui ! Qui dit tout haut ce que d’autres pensaient tout bas depuis des siècles. Qui n’hésitait pas à envoyer balader ceux qui lui déplaisaient, divine Vénus y compris : « Va te faire pendre, déesse impudique ; va, cruelle peste des mortels. »
Grande gueule encore quand prenant fait et cause pour les étudiants toulousains, il devient un bouc-émissaire bientôt bouté hors de la ville.
Grande gueule enfin quand il appelait un chat un chat, faisant fi du tact le plus élémentaire. Il fit ainsi l’éloge sans bémol de Sébastien Gryphe : « Parmi tant d'imprimeurs, j'en connais trois hors ligne; le reste est une tourbe qui meurt de faim. Robert Estienne brille par la correction, Simon de Colines par la beauté des caractères. Habile d'esprit comme de main, Gryphius réunit ces deux qualités. »


LES COPAINS D’ABORD
Que l'on juge de la conscience avec laquelle travaillait Gryphius : huit fautes seulement pour 1708 colonnes in-folio relevées dans l’index erratorum du premier volume des Commentaires de la langue latine de Dolet, « énorme compilation d'étymologies, de racines et d'élucubrations parfois saugrenues, bourrée de notes et de digressions à lire à loisir. »(2) Parce que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Etienne Dolet devint à son tour son propre imprimeur et par la même occasion celui de ses amis. Et des amis, il en eut et des plus marquants. Non pas « des amis choisis par Montaigne et La Boétie » pour la simple raison que Michel n’avait que 13 ans quand il mourut et Etienne 16. Mais des amis pas cochons tout de même, de l’acabit de Budé et de Rabelais qu’il rencontra à Lyon.

ENVOI DE BILLETS DOUX PAR LIVRES INTERPOSÉS
Rabelais, « cet Homère bouffon dont notre imprimeur, en bon et féal compaing qu'il était, publia l'Iliade en l'an de grâce 1542 »(3). Dolet, entre autres gages d'amitié, lui consacra trois de ses Poésies latines dont celle qui met en scène un condamné à mort par pendaison qui se marre de se retrouver sur la pierre de dissection, sous le scalpel de Rabelais : « Pends-toi, Fortune ! Je nage dans les honneurs, moi que tu as voulu servir en pâture aux corbeaux, moi dont tu as prétendu faire le jouet des vents. » C’est que les humanistes du XVIe s’envoyaient des billets doux par livres interposés. L’exemple le plus célèbre et le plus réjouissant reste l’Encomium Moriæ d’Érasme, dont le titre peut être indifféremment traduit par Eloge de la folie ou Eloge de More. Or Thomas More était le grand ami d’Erasme avec qui il partageait le goût de l'humour à froid et d'autres jeux de l'esprit.

CLÉMENT MAROT, SON POTEAU, SON FRÉROT
On ne s’étonnera pas alors que les inimitiés aussi se soient retrouvées livrées en pâture au fil des publications. Quand Dolet se brouilla définitivement avec Clément Marot, son poteau, son frérot, celui que François 1er avait fait revenir d’exil en 1536, les deux hommes réglèrent leurs comptent sur papier. Contrefaisant le poète Martial, Clément attaqua Etienne à grand renfort de vers vengeurs : « Et non obstant tes gros tomes divers / Sans bruict mourras cela est arresté : / Car quel besoing est-il homme pervers / Que l’on te sache avoir jamais esté? » « Marot n'a pas eu de bonheur dans sa prophétie [écrit Boulmier]. Bien des opinions peuvent se formuler sur le compte de Dolet; mais à coup sûr, on ne dira jamais qu'il n'a pas fait de bruit à sa mort » comme on va le voir.

SIRE, J’VOUS JURE, J’AI PAS FAIT EXPRÈS
Pour son biographe, « il y a des époques où il fait bon vive, il y en a d’autres, en revanche, où il fait beau mourir ». Dolet en eut très vite la prémonition.  La vingtaine à peine entamée, il commence à se mettre les édiles à dos. A Toulouse, en prenant la tête des remous estudiantins, « il apporte le premier fagot à l'horrible bûcher qui devait le dévorer plus tard. »(3) Il est une première fois emprisonné et, grâce à la protection de l’évêque Jean de Pins – un proche de François 1er - seulement banni de la ville.
François Ier qui lui a alors accordé pour dix ans le privilège d’imprimer, réapparait dans son curriculum vitae à l’aube de 1537. Le 31 décembre 1536 en effet, l’humaniste a réglé son compte à un peintre qui lui cherchait des noises et frise l’arrêt de mort. Comme l'homicide est accidentel – juré, craché -, Le roi intercède à nouveau en sa faveur.

DOLET, DOLOIRE, DOULEUR
Il s'établit alors imprimeur à Lyon et choisit une enseigne typographique en forme de gag visuel : de Dolet, il passe phonétiquement à doloire, petite hache de tonnelier. Etienne la fait représenter tenue par une main sortie d'un nuage. L'instrument, suspendu comme l’épée de Damoclès, semble prêt à frapper le tronc d'un arbre déjà abattu. Connaissant la fin de l’histoire, on serait tenté d’y voir le symbole du condamné dans l’attente du coup mortel. Pourtant, l’image est benoitement légendée « Scabra et impolita ad amvssim dolo atqve perpolio - Je polis et repolis le raboteux des écrits », bref, je fais au mieux mon boulot d’imprimeur.

LE NOUVEAU PROMÉTHÉE
On le croit alors rangé des voitures. On a tort. Il publie la Bible en français. Il veut rendre accessible le feu sacré des Ecritures. Mais pour qui il se prend l’humaniste ? Pour le nouveau Prométhée ou quoi ? Dans le doute, on lui prend rendez-vous avec la sainte inquisition. Et c’est parti pour 15 mois d’emprisonnement. Pierre du Castel, évêque de Tulle s’émeut. François 1er s’agite. Il faudra cependant deux injonctions royales pour que les geôliers arrêtent de faire la sourde oreille. Entre temps, par un arrêt du parlement de Paris en date du 14 février 1543, treize ouvrages, presque tous imprimés par Dolet, et quelques-uns composés par lui, ont été « condamnez à estre bruslez, mis et convertis ensemble en cendres, comme contenant damnable, pernicieuse et hereticque doctrine. »

FUMEUSE RÉTROSPECTIVE PERSONNELLE
Dolet vient d’inventer l’autodafé en forme de rétrospective personnelle. Consécration de l’artiste de l’insolence à qui les expositions collectives ne suffisent plus. « Ridicule nation d'insensés ! stupide ramas de fanatiques! Vous espériez donc brûler, en même temps que ces quelques livres, la pensée, l'incombustible pensée qu'ils renfermaient? » (3) Le temps court cependant contre lui. Dolet a allumé une mèche qui inéluctablement se consume et le rapproche toujours plus du bûcher. Celui qui n’aspirait qu’à réfléchir, étudier, écrire et éditer, celui qui a été contraint de lâcher le plomb pour prendre l’épée, le voilà qui est accusé de passer en fraude des ballots de livres interdits. C’est un coup monté. Où est Lagardère ? Pas dans les parages visiblement. Etienne repart en prison, s’en échappe en bernant son geôlier, s’évade en Italie et revient à Lyon,… l’imbécile. Que ne se cache-t-il pas alors sous une bosse comme Jean Marais ? Sans surprise, sans l’aide d’un des rebondissements qui fourmillent dans les scénarios d’Hunebelle, il est repris.

AU GNOUF LE FANTAISISTE
Entre les quatre murs qui l’emprisonnent, Dolet écrit ce qui sera son Second enfer et son faux pas final. Le recueil contient d'une part des suppliques aux Grands de son monde, à François 1er qui cette fois passe son tour et d'autre part la traduction de deux textes supposément de Platon encore jamais traduit en langue vulgaire. On y lit l’Axiochus et en particulier ce tout petit passage : « Après la mort, tu ne seras plus rien du tout ». Plus rien du tout ? Non, mais ça va pas la tête. Et le Paradis alors ? L’Enfer et le Purgatoire ! C’est la goutte d’encre qui fait déborder le vase, celle que l’Inquisition attendait. Hop ! Au gnouf le fantaisiste, au gibet le déséquilibré. Qu’on prépare le bûcher !



DRÔLES DE BOUGIES POUR UN ANNIVERSAIRE
Le 3 août 1546, jour de son anniversaire et de la saint Étienne, après quelques exercices de torture en guise de mise en jambes, on le pend puis on le brûle. Il a évité le brûler-vif en faisant amende honorable sur les planches, risquant cependant un dernier calembour : « Non dolet ipse Dolet sed pia turba dolet. Non ! ce n'est pas Dolet lui-même qui s'afflige, mais cette foule pieuse. » A la suite duquel, le lieutenant criminel aurait répondu : « Non pia turba dolet sed dolet ipse Dolet. Non ! ce n'est pas cette foule pieuse qui s'afflige, mais Dolet lui-même.» La répartie est séduisante mais sans fondement. On n’imagine mal Dolet s’affliger. On l’imagine mieux s’affirmer une dernière fois.
© texte et illustrations villa browna / Valentine del Moral

Les livres qui ont permis d'écrire cette lorgnette sont:
Etienne Dolet
Le second enfer d'Estienne Dolet natif d'Orléans qui sont certaines compositions faictes par luy mesmes sur la justification de son second emprisonnement

Paris, Techener, (1830).
In-12, reliure papier bleu à la Bradel. Petites usures. Léger manque à la coiffe supérieur. [4], 152, 10, [1, 1 bl].
Tirage limité à 120 exemplaires sur papier fort. Exemplaire à grandes marges en partie non coupé. Bandeaux, culs de lampe. Le corps du texte est précédé de la « Réhabilitation d'Etienne Dolet » par Aimé Martin et est suivie des traductions par Dolet de deux dialogues pseudo-platoniciens intitulés, Axiochus et Hipparchus.
Ex-libris à la tortue d’Alfred Migout suivi en page de titre de son tampon encré rouge. Migoute semble avoir collectionné les textes du XVIe s. infos et commande

Joseph Boulmier
Etudes sur le seizième siècle : Estienne Dolet. Sa vie, ses œuvres, son martyre

Paris, Auguste Aubry, 1857.
In-8 demi-chagrin à coins, têt dorées. Faux-titre, frontispice, titre imprimé en rouge et noir, XV, 301 pp.
Tirage limité à 500 exemplaires. Exemplaire non rogné sur vélin.
Envoi de Boulmier (1821-1885) adressé à Edmund W. Gosse. Ex-libris de ce dernier qui fut ami de Robert Louis Stevenson, fin lettré et qui révéla au public britannique l'œuvre de Henrik Ibsen.
Biographie haute en couleurs et riche d’anecdotes. Bibliographie doletienne, ouvrages de Dolet, imprimés par lui-même, ouvrage édités par Dolet. 
infos et commande

jeudi 26 avril 2018

ÉLÉMENTAIRE, MON CHER NEWTON!

#PourCeuxQuiSontPressés  
   
#Newton (Isaac et pas Olivia) #EditionOriginale #schémas #Newton #TraitédOptique #lumière #Couleurs #clavecinOculaire #Pianocktail  
 
Pour ceux qui n'ont pas non plus le temps, mais qui le prennent quand même 
    

Édition originale en français
On ne rappelle jamais assez combien la révocation de l’Edit de Nantes (1598) ordonnée par Louis XIV en 1685, fit de tort à la France. De brillants esprits quittèrent l’hexagone. Le prometteur Pierre Coste, 17 ans et protestant rejoignit l’Angleterre. En épousant la langue du futur Shakespeare, en devenant imprimeur, en s’intéressant aux innovations scientifiques, celui-ci, sans rancune, se fit le propagateur des œuvres d’Isaac Newton en terres ingrates.

On attendait la traduction en français du Traité d’Optique de Newton depuis 1704, année de sa parution anglaise. Samuel Clarke en avait donné une version latine en 1706, version dont les Mémoires de Trévoux rendirent compte en février 1709. Et puis plus rien. Jusqu’en 1720, date de la parution
de l'édition originale en langue française du traité traduit par Coste chez  Humbert à Amsterdam en 1720. C'est ce traité gonflé de planches dépliables que nous allons déplier pour vous.

Plantons le décor. Le jeune Isaac est à peine bachelier ès arts qu’une épidémie de peste atteint Cambridge. Il se carapate à une encablure des jupons de sa mère, dans une ferme du Woolsthorpe où il va rester deux ans entre parenthèses. Période Larzac des plus fructueuses. En 1666, une pomme tombe d’un pommier. Sur le sol et non sur la caboche du jeune homme comme Gotlib a si bien tenté de nous le faire croire avec un sens renouvelé du vieux comique de geste. Le 15 avril 1726, à Kensington, Newton a raconté ce moment de grâce à William Stukeley  son ami antiquaire, scientifique et furieux stonehedgien: « Le temps devenant chaud, nous allâmes dans le jardin et nous bûmes du thé sous l’ombre de quelques pommiers, seulement lui et moi. Au cours de la conversation, il me dit qu’il s’était trouvé dans la même situation lorsque, longtemps auparavant, la notion de gravitation lui était subitement venue à l’esprit, tandis qu’il se tenait assis dans une humeur contemplative. Pourquoi cette pomme tombe-t-elle toujours perpendiculairement au sol, pensa-t-il en lui-même. Pourquoi ne tombe-t-elle pas de côté ou bien vers le haut, mais constamment vers le centre de la Terre ? Et si la matière attire ainsi la matière, cela doit être en proportion de sa quantité ; par conséquent, la pomme attire la Terre de la même façon que la Terre attire la pomme » (1).  Elémentaire mon cher Newton! Il suffisait de l’énoncer.
Rencontre d'un génie des mathématiques et d'un génie des zygomatiques

 L’histoire est peut-être trop belle pour être vraie. Qu’importe. La pomme s’est gâtée depuis. Mais le pommier a subsisté, d’abord bombé d’orgueil, aujourd’hui rabougri de vieillesse. Un de ses greffons, planté en-dessous de la fenêtre de la chambre que Newton occupait au Trinity college fleurit insolemment tous les printemps.  Quant à la théorie de la gravitation universelle, elle se porte bien, merci pour elle. Dans ces mêmes années contemplatives, Isaac s’est préoccupé de mécanique, de calcul, de couleurs et de lumière. Dès cette époque, furent mis en culture tous les travaux qui allaient propulser l’humanité dans une nouvelle ère des sciences. 

« On estime que Newton a [rédigé son traité d’optique] entre la fin de 1693 et la première moitié de 1694, mais il ne publia rien à cette époque, peut-être préoccupé des éventuelles critiques, en particulier celles de [son farouche opposant] Hooke » (2). D’autres n’ont pas hésité à mettre cette valse-hésitation sur le compte de l’autisme Asperger. Cette allégation a posteriori  dérange. Il est vrai que Newton n’était pas des plus à l’aise en société. Mais comme on nous le fit remarquer l’autre soir lors d’un diner vaporisé au Viré-Clessé,  Newton, élu malgré lui membre du parlement britannique en 1689, fit preuve d’au moins un vrai  moment d’altruisme.  « Désorienté dans cette nouvelle carrière, [le savant] resta comme étranger aux débats de la chambre des communes et ne prit dit-on la parole qu’une seule fois et ce fut pour inviter l’huissier à fermer une fenêtre d’où venait un courant d’air capable d’enrhumer l’orateur qui occupait la tribune » (3).

Je vois, donc je crois.


Frousse ou autisme, le résultat fut le même. Opticks : or, a Treatise of the Reflexions, Refractions, Inflexions, and Colours of Light (Optiques : ou traité des réflexions, réfractions, inflexions et couleurs de la lumière) ne vit le jour qu’en 1704. 1720 marqua l’entrée par la grande porte, en France, des idées newtoniennes sur la lumière et les couleurs. L’historien des idées relèvera quelques inexactitudes dans la traduction de Coste, mais bien moins que dans celle de Jean-Paul Marat, plus tardive (1787), plus célèbre (Merci Charlotte!) mais surtout plus fautive. Marat, n'hésita pas à couper dans le vif et à récrire certains passages, tout en postillonnant sur Coste. (4)

Expérimenter, il n'y a que cela de vrai

Mais la bave du crapaud traducteur n'atteint pas la blanche colombe scientifique. Sous l’impulsion d’Isaac Newton relayée par ses admirateurs européens, l’Expérience devient reine et les théories qui en découlent, vassales comblées. La présence d’yeux et de mains dans les planches du Traité d’optique insiste discrètement mais surement sur l’omnipotence de l’expérimentation.
 


Parallèlement à cette révolution du raisonnement, l’attachement que Newton manifeste envers la lumière déboulonne un présupposé antique de taille qui règna en maitre jusqu'après l'époque médiévale. Pour la première fois, la vedette n’est plus l’œil qui voit mais la lumière qui est vue. L’étude de la vision est supplantée par celle de la géométrie et de la physique de la lumière. (4)

Couleurs à parts entières

Du papier qui enflamme
Enfin, et ce n’est pas non plus un détail, « par ses études sur les couleurs, Newton [renverse entièrement une] tendance vieille de deux mille ans qui faisait du blanc une couleur pure et des couleurs ses contaminations. Il vient de quantifier les couleurs, étendant donc à la lumière un traitement mathématique qui n’existait avant lui que pour les sons. Dans cette grande réorganisation, [certains sont tentés] de faire une analogie entre couleurs et notes de la gamme » (5)

Cette analogie entre couleurs et notes aiguillonnent les imaginations. Dès le compte rendu paru dans les Mémoires de Trévoux en 1709, les esprits s’échauffent. Un des rédacteurs relève sur-le-champ que « Mr Newton, […] ayant distingué sept différentes couleurs […] dit que l'espace qu'occupe chacun d'eux, est en raisons ou en proportions des sons qui font l'octave dans la musique ». Le Père jésuite Louis-Bertrand Castel (1688-1757) s’enflamme comme une étoupe. Le bonhomme est un pluri-enthousiaste. Il s’intéresse de front à la tactique, la pesanteur, le feu, la «cause et la nature du tonnerre et des éclairs », le «passage dans les Mers de l'Orient par les Mers du Nord »,  et désormais au clavecin oculaire qui va devenir son grand dada. En 1723, toujours  dans les Mémoires de Trévoux, il écrit un nouvel article sur le traité de Newton. En 1725, il annonce dans le Mercure la construction d’un« clavecin pour les yeux, avec l'art de peindre les sons et toutes sortes de musique » qui permettra de «rendre visible le son », de «peindre ce son et toute la musique dont il est capable; de les peindre réellement, ce qui s'appelle peindre, avec des couleurs et avec leurs propres couleurs; en un mot, de les rendre sensibles et présents aux yeux, comme ils le sont aux oreilles, de manière qu'un sourd puisse jouir et juger de la beauté d'une musique, aussi bien que celui qui l'entend ; et que, réciproquement, malgré le proverbe, un aveugle puisse juger par les oreilles de la beauté des couleurs ». 

Caricature de Saint Aubin du père Castel au clavecin oculaire



Le clavecin pour les yeux « dont le mouvement des touches [fera]  paraître les couleurs » emballe les grands de ce monde. Le duc de Huescar, le marquis de Maillebois donnent à Castel, l'un mille couronnes, l'autre deux mille livres pour entreprendre ses travaux (6). Un premier prototype est mis en chantier vers 1726. Le projet patine, puis reprend du poil de la bête en juillet 1754. En 1755, un clavecin oculaire est présenté à Londres dans la salle de concert de Soho Square. On en connait une description: « Le Clavecin oculaire a la forme d'un buffet. Sa hauteur est de cinq pieds huit pouces; sa largeur de trois pieds quatre pouces, et sa profondeur de deux pieds. Il est placé perpendiculairement sur la partie antérieure d'un Clavecin ordinaire qui lui sert de base. Le fond dans un espace de trois pieds quarrés, contient cinq cents et tant de lampes. La partie qui est en face des spectateurs, présente soixante morceaux de glace ou de verre colorés. Chacun de ces verres a un ton de couleur analogue répondant au son, qui entrera dans l'oreille à l'instant que la lumière colorée viendra frapper les yeux; car la même touche qui produit le son, fera étinceler la couleur lumineuse » (6).

Le hic, c’est que le clavecin de Soho Square est… muet.
Il faudra attendre Larry Flint,
un pur produit d’Hollywood,  pour rendre justice aux intuitions du père Castel. Dans What a way to go (Thompson, 1964), Flint (Paul Newman), peintre miteux de l’école de Paris, tombe amoureux  de Louisa (Shirley McLaine). Cousin éloigné de l’Antoine Delafoy de l'anti-accord absolu  des Tontons Flingueurs (Lautner, 1963), il est l’inventeur du clavecin oculaire moderne. Sa machine articulée convertit les sons en peinture. Branchée à un tourne-disque, elle produit de l’art qui rapporte gros. L’invention tourne mal, devient folle et se retourne contre Flint-Newman. 

le tourne-disque oculaire


Newton aurait peut-être mieux fait de chambouler la théorie du son plutôt que celle de la lumière. Au lieu du clavecin oculaire, ses suiveurs auraient mis au point les bases du clavecin cocktail que Colin aurait amélioré sans efforts en  pianocktail. De la pomme de Newton au Baiser de Guenièvre (10 cl de cidre rosé - 2 cl de sirop de sucre simple - 2 cl de vodka - 1 cl de jus de citron vert -2 feuilles de basilic - 1 fraise coupée en morceaux), il n’y aurait eu qu’une touche de piano. Et nous aurions pu contempler à l’envi les planches du Traité d’Optique en portant un toast à la célébrité d’Isaac. © texte et illustrations villa browna / Valentine del Moral  
Le traité qui nous a permis d'écrire cette lorgnette est en vente à la librairie. Il s'agit de:

Isaac  Newton

Traité d’Optique sur les réflexions, réfractions, inflexions, et couleurs, de la lumière. Traduit de l'Anglois par M. Coste [...]


Amsterdam, Pierre Humbert, 1720.
2 volumes in-12 plein veau, dos à nerfs ornés de fers dorés adroitement restaurés. Usures aux coins.
XV, [1], 583, [17] pp. (pagination continue avec pages de titre correspondantes), 12 planches dépliantes gravées. Papier uniformément et légèrement bruni.

Edition originale française de ce traité célèbre qui fit date et dans lequel Newton n'apparaît plus seulement comme le chantre de la physique théorique mais également comme un défenseur de la physique expérimentale. On y trouve sa célèbre étude sur la composition des couleurs.

Babson N° 139 : "Coste, the translator, spent many years in England, where he fled on the revocation of the Edict of Nantes, and where he became intimate with Locke. His translations were of durable service and helped to introduce english thought to the French of the XVIIIth century". Gray, A Bibliography of the Works of Sir Isaac Newton, 186. Wallis, 186.DEMANDER DES DÉTAILS et/ou COMMANDER

 \\ BIBLIOGRAPHIE
(1) Stukeley, Mémoires sur la vie de Sir Isaac Newton, 1752.
(2) Marco Panza, Newton, 2003.
(3) Murray – Nicolini, Nouvelle biographie Nouvelle biographie générale: depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours
(4) Hamou,
Regards sur l'optique de Newton: 1704-2004
(5) Dorothée Devaux et Bernard Maitte, Newton, les couleurs et la musique.
(6)
Anne-Marie Chouillet-Roche Le Clavecin oculaire du P. Castel, Dix-Huitième Siècle, 1976
https://blogs.futura-sciences.com/luminet/2014/10/15/pommier-newton/


  
1 l  [Barret], La Varende, Jean de. Nez de cuir, gentilhomme d'amour. Pointes sèches originales de Gaston Barret.
Paris, Editions Arc-en-Ciel, 1952.                                                                      
450 €
In-4 en feuilles, couverture ; sous chemise et étui cartonnés recouverts de suédine. Petite déchirure sans manque à la pliure inférieure de la première de couverture. 261, [4] pp.
Tirage limité à 250 exemplaires, celui- ci un des 198 numérotés sur grand vélin chiffon avec signature manuscrite de l’artiste. Nombreuses pointes sèches de Gaston Barret, dont une grande qui sert d’illustration à la couverture.
2 l  [Belmondo], Théocrite. Les Idylles de Théocrite. Mises en français par André Berry et Edgar Vales. Ouvrage orné de 47 planches de dessins de Paul Belmondo.
Paris, Union Bibliophile de France, 1946.                                                         
300 €
In-4, en feuilles, couverture ornée d’un motif en bas-relief ; sous boite cartonnée reprenant le même motif en relief. 163 pp.
Tirage limité à 1000 exemplaires, celui-ci numéroté sur vélin pur fil de Lana. Outre le motif en bas-relief, l’illustration de Paul Belmondo est constituée de bois gravés in texte gravés par Poilliot et de hors-texte fac-simile. Le texte est souligné de lignes ocres ou vertes.
3 l  [Berque], Louys, Pierre. Les chansons secrètes de Bilitis.
S.l., aux dépens d'un amateur, 1935.                                                                  
150 €
Petit in-4, en feuilles, couverture imprimée ; sous chemise et étui cartonnés. Légers frottements. [92] pp. Quelques mouillures.
Tirage limité à 101 exemplaires, celui-ci numéroté. Dessin de couverture, lettrines tirées en sanguine et 12 « cuivres gravés par un artiste contemporain [Jean Berque] rehaussés de sa main en couleur ».
4 l  [Braque], Reverdy, Paul. Braque. Une aventure méthodique.
Paris, Fernand Mourlot, 1949.                                                                               
3 900 €
In-folio en feuilles, couverture rempliée illustrée par Braque ; sous coffret de l’éditeur pleine toile grise illustré du même motif stylisé qu’ à la couverture. 60 pp., hors-texte.
Tirage limité à 265 exemplaires, celui-ci numéroté et signé par Braque et Reverdy. Un frontispice en couleurs et 26 figures en noir dans le texte accompagnent le texte de Reverdy. Puis suivent 12 œuvres de Braque lithographiées par Mourlot, dont la première « arrêtée en cours d’exécution par Georges Braque » et la dernière non numérotée.
5 l  [Buffet], Giono, Jean. Recherche de la pureté.
Paris, Creuzevault, 1953.                                                                                     
4 800 €
In-folio, en feuilles, couverture illustrée sur japon nacré ; sous chemise et étui cartonnés plaqués en simili-bois. [104] pp. petites traces de scotch à la 2ème et 3ème de couvertures, dues au papier de protection ajouté.
Tirage limité à 160 exemplaires, celui-ci numéroté sur Rives signé par Jean Giono et Bernard Buffet. 21 eaux-fortes de Bernard Buffet. Préface de Pierre Bergé. Edition originale de la préface et premier tirage des gravures. Le texte, quant à lui, plaidoyer contre la guerre, il fut écrit en 1939.
6 l  [Chastel], Eluard, Paul. Le Bestiaire. Eaux-fortes originales de Roger Chastel
Paris, Maeght éditeur, 1948.                                                                           
1 500€
In-folio, en feuilles, couverture entièrement recouverte par une grande eau-forte ; sous chemise et étui cartonnés. Dos de la chemise entouré d’un encadrement biseauté, titre manuscrit lithographié. [98] ff., manque une serpente.
Edition originale des 45 poèmes de Paul Eluard et des illustrations à la limite de la non figuration du graveur Roger Chastel (1897-1981).Tirage limité à 196 exemplaires, celui-ci un des 29 exemplaires numérotés en chiffre romain sur vélin d'Arches. 87 eaux-fortes en couleurs dont 42 lettrines et une eau-forte double page, tirée en noir qui constitue la couverture. Les planches ont pour la plupart été tirées sur la presse même de l’artiste.
7 l [Collot], Vercel, Roger. Capitaine Conan.
Paris, Au moulin de Pen-Mur, 1947.                                                                         
250 €
In-4, sous chemise et étui frotté. 244 pp., justification du tirage.
Tirage limité à 1000 exemplaires, celui-ci numéroté sur vélin des papeteries de Lana. Illustré en couleurs de bois gravés d’André Collot, soit: un frontispice, des illustrations in-texte et des culs-de-lampe.
8 l  [Creston], Vercel, Roger. La Hourie. Illustrations en couleurs de R. Y. Creston.
Paris, au Moulin de Men Mur, 1946.                                                                   
150 €
In-4, broché, couverture beige rempliée, imprimée en deux tons ; sous étui cartonné, insolé au dos. 224 pp. dont faux-titre et titre, (1)pp. Rares piqûres.
Tirage limité à 1000 exemplaires, celui-ci un des 950 sur vélin pur chiffon de Lana. Illustré de 29 compositions de Creston dans le texte et à pleine page reproduites en phototypie, rehaussées et mises en couleurs au pochoir. Témoin conservé.
9 l  [Dominguez], Eluard, Paul. Poésie et vérité 1942. Illustré par Oscar Dominguez.
Paris, Les nourritures terrestres, 1947.                                                                     
1 200 €
Petit in-folio en feuilles, couverture ornée d'une vignette ; sous chemise demi-toilée à dos orné d’un titre doré et étui cartonné lithographié. [144] pp.
Tirage limité à 221 exemplaires, celui-ci numéroté à la main sur pur chiffon de Lana. Dominguez a donné un frontispice tiré à l’aquatinte en deux couleurs, et des encadrements ornementaux et illustratifs de tous les poèmes également calligraphiés par l’artiste. Les deux hommes se fréquentaient depuis quelques années quand Dominguez, initia ce travail d’illustration. Leur collaboration aveait débuté par la présentation qu’écrivit Eluard pour la première exposition individuelle de Dominguez qui eut lieu en 1943 à la galerie Louis Carré. Monod, 4228.
10 l  [Dunoyer de Segonzac], Dorgelès, Roland. La boule de gui. Avec des dessins et des pointes sèches de André Dunoyer de Segonzac.
Paris, La Banderole, 1922.                                                                                       
350 €
Petit in-4, en feuilles, couverture bleue imprimée ; sous chemise et étui demi-toilés et cartonnés. 86, [4] pp.
Tirage limité à 600 exemplaires, celui-ci un des 519 exemplaires sur Lafuma teinté. Double et chaleureux envoi à Robert Pinkiéwicz par Dorgelès « ancien caporal » et Dunoyer « ancien sergent ». 5 pointes-sèches hors texte et nombreux dessins in texte.
11 l  [Dunoyer de Segonzac], Dorgelès, Roland. Tombeau des poètes.
Paris, Vialetay, 1954.                                                                                                    
1800 €                                             
In-folio en feuilles, couverture ; sous chemise bleue imprimée et étui cartonnés. 240 pp.
Edition originale. Tirage limité à 180 exemplaires numérotés et signés par l'auteur, le peintre et le graveur. Celui-ci, un des 30 exemplaires sur pur chiffon de Rives, deuxième papier, comprenant la décomposition de couleurs d'une planche et  une suite en état définitif. L’illustration de Dunoyer de Segonzac comprend 50 bois en noir et couleurs gravés par Jacques Beltrand : 3 doubles pages, 9 hors texte en couleurs, 38 bandeaux dans le texte et culs-de-lampe. La décomposition de la planche couleurs est tirée sur papier Japon mince permettant de jouer les superpositions. Témoin conservé. Parfait état dans sa boite de transport.
C’EST LE LIVRE QUI NOUS A PERMIS D’ÉCRIRE LA LORGNETTE lisible sur villabrowna.blogspot.com/.
12 l  [Flocon], Bachelard, Gaston. Paysages.
Rolle, Paul Eynard, 1950.                                                                                                
1 600 €
In-4, en feuilles, couverture illustrée ; sous chemise à dos toilé et plats cartonnés imitation paille et étui pareillement cartonné. 94, [6] pp., dossier, suite.
Edition originale. Tirage limité à 200 exemplaires, celui-ci numéroté sur Arches, deuxième papier, comprenant une suite des 16 burins, avec remarques sur papier de Chine, les deux planches en surnombre et un dessin original signé.
Exemplaire en outre truffé d’un second dessin original et de six lettres de G. Bachelard. Celles-ci s’étalent du 30 juillet 1949 au 30 novembre 1951 et sont un témoignage réel de la réalisation de cet ouvrage. Il est en particulier et surtout question du texte et de la gravure de la planche Feu. L’amitié du philosophe et du graveur, qui fut profonde, nait là sous nos yeux, passant de Cher monsieur à Cher ami et de phrases convenues à un ton plus libre.
Le texte du livre intitulé « Notes d'un philosophe pour un graveur » est introduit par « A  la dynamique du paysage ». Suivent 15 chapitres, légendes descriptives des 15 burins d'Albert Flocon, ancien du Bauhaus, théoricien de la gravure, professeur de perspective. Monod I, 716.
13 l  [Flocon], Eluard. Perspectives. Poèmes sur des gravures de Albert Flocon.
[Paris], Maeght, 1949.                                                                                                
750 €
In-4, en feuilles, couverture illustrée ; sous chemise et étui cartonnés. Étui très légèrement sali. [47] pp.
Tirage limité à 200 exemplaires, celui-ci un des exemplaires du tirage de tête numéroté en chiffre romain, avec « une suite des gravures au burin et une suite Noir au blanc sur Japon », c’est-à-dire tirée en négatif. Dix poèmes d’Eluard illustrés de 12 burins par Flocon dont font partie la couverture et le frontispice. Monod 4224 ; Strachan 121 et 332. Verbal descriptions can give but a slight idea of the power of Flocon's enigmatic designs.” http://www.kb.nl/bc/koopman  « L'édition de Perspectives sortit des presses en 1948, mais ne fut mise en vente dans quelques librairies que le 15 juin 1949, à l'occasion d'une exposition de la maison d'édition Maeght. Les gravures de Perspectives, tout comme les poèmes d'Éluard, sont d'un style sobre. Ce sont des représentations graphiques qui rappellent parfois l'œuvre de l'artiste néerlandais M.C. Escher. Flocon et ce dernier ne se sont cependant rencontrés qu'en 1965, à l'occasion d'une exposition à Paris. Escher a même dit que Flocon était la personne qui avait la plus grande affinité d'esprit avec lui ».
14 l  [Goerg], Baudelaire, Charles. Fleurs du mal. Tableaux parisiens.  Lithographies originales de Edouard Goerg.
Paris, Marcel Sautier, 1952.                                                                                        
900 €
Grand in-4 en feuilles, couverture rempliée lithographié à la première de couverture et au dos ; sous chemise et étui cartonnés. [196] pp.
Tirage limité à 200 exemplaires sur vélin pur fil à la forme des papeteries du Marais, celui-ci, un des 170 numérotés.  L’illustration lithographique d’Edouard Goerg envahit le texte à toutes pages, accentuant par son omniprésence la tension contenue dans les textes de Baudelaire.
15 l  [Goerg], Poe, Edgar. L'ange du bizarre, suivi d'autres contes. Eaux-fortes originales d'Edouard Goerg.
Paris, Marcel Sautier, 1947.                                                                                        
450 €
In-4, en feuilles sous couverture beige rempliée ; sous chemise au dos illustré et étui cartonnés. 94 pp.
Tirage limité à 275 exemplaires, celui-ci sur pur chiffon d’Arches. Illustré par Edouard Goerg de 28 eaux-fortes originales dont certaines ne sont pas sans rappeler l’univers fantasmagorique d’Odilon Redon.
16 l  [Gromaire], Bertrand, Aloysius. Dix contes de Gaspard de la nuit.
Paris, Tériade éditeur, 1962.                                                                                      
1 600 €
In-4, en feuilles, couverture imprimée ; sous chemise et étui cartonnés. 73 pp.                         
Tirage limité à 120 exemplaires signés par l’artiste. Un des exemplaires contenant la suite des eaux-fortes sur papier Japon et doublement signé, en bas de la justification et en titre de la chemise de la suite. 10 eaux-fortes de Marcel Gromaire gravées en 1930 et tirées en 1962 par le graveur typographe Haasen. Texte composé à la main par l’Imprimerie Nationale.
17 l  [Gruber], Baudelaire, Charles. Le Spleen de Paris. Lithographies originales de Francis Gruber.
Paris, Les éditions du Grenier à Sel, 1954.                                                                    
700 €
In-folio, en feuilles, couverture rempliée ; sous chemise et étui cartonnés. [4], 102, [10] pp.
Tirage limité à 132 exemplaires, celui-ci, un des 15 exemplaires numérotés de tête, sur Japon nacré avec une suite en sanguine sur Chine. 15 lithographies originales en noir de Francis Gruber à pleine page. Suite tirée en sanguine. Seul livre illustré par l'artiste, ami intime de Giacometti, l’un des rares représentants du mouvement expressionniste en France, mort prématurément en 1948 à 36 ans. Monod, 1174. Bénézit, « On peut penser que Gruber eut tort de peindre une œuvre qui n'appartient pas à son temps, mais on ne peut nier le pouvoir d'envoûtement de cette œuvre. »
18 l  [Guastalla], Labé, Louise. Poèmes. Les Elégies et les Sonnets. Gravures sur cuivre de Pierre Guastalla.
S.l., chez l'Artiste, 1950.                                                                                              
400 €  
In-12, en feuilles, couverture rempliée ; sous chemise et étui cartonnés. [72] pp., dessin original, suite.
Tirage limité à 287 exemplaires. Exemplaire du tirage de tête limité à 12 exemplaires sur japon, accompagné d’un dessin original signé et d’une double suite des gravures. Gravures à pleine page hormis quelques culs de lampe. Le dessin correspond à la gravure du sonnet 14. Benezit, éd. 1966 « Pierre Guastalla (1891-1968) tient une place importante dans la jeune gravure contemporaine. Depuis 1925, il préfère les procédés sur cuivre à la gravure sur bois qu'il pratiquait auparavant. Ecrivain, il a écrit un traité d'esthétique. Il a illustré plusieurs ouvrages littéraires, dont Ubu Roi d'Alfred Jarry. »
19 l  [Laurens], Lucien de Samosate. Loukios ou l'âne.
Paris, Tériade, 1947.                                                                                                            
1 200 €
In 4, en feuillets, couverture ornée d’un bois en noir et or ; sous  chemise et étui cartonnés. [8], 88, [8], pp.
Tirage limité à 270 exemplaires numérotés. Un des exemplaires numérotés sur vélin d'arches, signés au crayon par l'artiste. 68 bois originaux en couleurs d’Henri Laurens, dont certains élégamment gravés en noir et or, tirés par Pierre Bouchet. Ornementation du texte en or. Traduction nouvelle d’Emile Chambry.
20 l  [Letellier], Renard, Jules. Histoires Naturelles.
Paris, cercle des bibliophiles de la maison de la chasse et de la nature, 1977.         
450 €
In-folio, en feuilles, couverture rempliée imprimée ; sous boite de grosse toile écrue. 148 pp.
Tirage à 185 exemplaires numérotés sur vergé de Rives, celui-ci un des 35 exemplaires numérotés en chiffre romain réservés «  pour les amis des sociétaires et les collaborateurs ». Les 20 pointes sèches originales in et hors texte de Pierre Letellier ont été tirées dans les ateliers Lacourière et Frelaut, à Paris.
21 l  [Matisse], Rouveyre, André. Apollinaire. Henri Matisse.
Paris, Raisons d'Etre, 1952.                                                                                    
3 000 €
Petit in-folio, en feuilles, couverture illustrée de pochoirs en couleurs par Matisse ; sous chemise cartonnée illustrée de découpages de l’artiste et étui cartonné. Infimes frottements. 86, [6] pp.
Tirage limité à 350 exemplaires et quelques exemplaires nominatifs, celui-ci, un des 300 exemplaires numérotés sur vélin d’Arches. Témoin conservé. Couverture travaillée au pochoir d’après les découpages gouachés de Matisse. 8 lithographies de l’artiste tirées à l’atelier Mourlot illustrent le texte, soit un frontispice, six portraits d’Apollinaire sur fond ocre à pleine page et un portrait de femme en noir sur fond ocre in texte. Lettrines rouges. Monod, 10004. Duthuit-Matisse, n°31.
22 l  [Matisse], Rouveyre, André. Repli.
Paris, éditions du Bélier, 1947.                                                                                     
4 500 €
In-8, en feuilles, couverture illustrée de pochoirs en couleurs par Matisse ;  sous chemise et étui cartonnés. Très légers frottements à l’étui. Titre, 163, [9] pp. Rares piqûres très éparses.
Tirage limité à 370 exemplaires, celui-ci numéroté et signé par Matisse et Rouveyre sur vélin à la forme.
Illustration de Matisse d’un roman autobiographique de son ami Rouveyre, dans lequel se trouve pas moins de six portrait de l’auteur. En outre, on y trouve deux linogravures en couleurs de lettrines, quatre linogravures décoratives en noir et blanc, et encore six autres portraits de femmes en lithographie. A noter, le travail de pochoir qui orne la couverture de la chemise.       « Les trois techniques utilisées par Matisse pour les illustrations de livres, furent ainsi réunies dans un seul ouvrage, sur lequel Matisse travailla en 1944 et 1945 ». Les lithographies ont été tirées dans l’atelier de Mourlot, les linos et bois par Fequet et Baudier, les pochoirs gouachés réalisés par Nervet. van Capelleveen, Ham, Joubij, Voix et visions. La Collection Koopman et l'Art du Livre français. La Haye, Koninklijke Bibliotheek, 2009. Monod 10006
23 l  [Méheut ], Dorgelès, Roland. Les Croix de bois. Dessins et lithographies de Mathurin Meheut.
Monte Carlo, éditions du livre, 1947.                                                                       
250 €
In-8 broché,  couverture imprimée rempliée ; sous chemise et étui cartonnés. 324 p.
Tirage limité à 3000 exemplaires, celui-ci numéroté. 12 lithographies originales en couleurs hors-texte et de 22 dessins en noir formant bandeaux et culs-de-lampe par Mathurin Méheut.
24 l  [Naggar], Ovide. La chute d'Icare.
Paris, éditions Ruth Zilkha, 1996.                                                                              
700 €
In-folio, en feuilles, couverture imprimée; sous chemise et étui cartonnés. 40 pp.
Tirage limité à 135 exemplaires, celui-ci un des 120 numéroté à la main et signé par l’artiste. Truffé du bulletin de souscription. Les 12 photographies à pleine page signées par André Naggar illustrent le chapitre VIII « Dédale et Icare » des métamorphoses d’Ovide. « La photographie que je pratique depuis 1965 est une photographie d'images mentales. Les images mentales qui nous reviennent tout au long de notre vie ne sont pas précises et pourtant elles sont constamment en nous », affirme André Naggar.
25 l  [Othon Friesz], Bernardin de Saint Pierre, Jacques-Henri. Paul et Virginie. Illustrations de E. Othon Friesz.
S.l., éditions de la Maison Française, collection Le florilège des chefs-d’œuvre français, 1947.                
150 €
In-4, en feuilles, couverture imprimée ; sous chemise et étui cartonnés. LVI, 146 pp.
Tirage limité à 800 exemplaires sur pur chiffon, celui-ci numéroté. Les illustrations in-texte d’Othon Friesz ont été gravées sur bois en couleurs par Gérard Angiolini.
26 l  [Rouault ], Rouault, Georges. Divertissement.
Paris, Tériade, 1943.                                                                                                   
450 €
In-folio, en feuilles, couverture gouachée en deux tons ; sous chemise et étui cartonnés avec petits défauts. Exemplaire ayant gardé son étui de transport en contreplaqué. 75, [7] pp.
Tirage limité à 1270 exemplaires, celui-ci numéroté sur vélin d’Arches. Manuscrit entièrement peint au pinceau par Georges Rouault et gravé par Draeger. 15 héliogravures en couleurs hors texte contrecollées sur papier légèrement gouaché.
27 l [Simons], Van der Meersch, Maxence. Quand les sirènes se taisent. Illustrations de Simons.
Au Moulin de Pen-Mur, 1947.                                                                                    
150 €
Petit in-4, en feuilles, couverture ; sous chemise et étui cartonnés. Mouillures à la chemise. 274 pp., 1f. de justification.
Tirage limité à 900 exemplaires numérotés, celui-ci, 1 des 370 sur vélin crèvecoeur du marais. Illustration en couleurs de Simons composée d’un frontispice, 2 illustrations à pleine page,  23 illustrations dans le texte, culs-de-lampe. Rare roman consacré aux grèves qui frappèrent Roubaix en 1921, 1930 et 1931 et qui relatent les fameuses barricades de juin 1931.
28 l  [Springer], Valéry, Paul. Eupalinos ou l'architecte. Edition illustrée de gravures au burin par F. Springer.
Paris, NRF, 1947.                                                                                                           
200 €
Grand in-4 en feuilles, couverture imprimée ; sous chemise et étui cartonnés, étiquette au dos. Menus accidents à l'étui. 102 pp.
Tirage limité à 314 exemplaires, celui-ci un des 270 exemplaires numérotés sur vélin pur fil. 14 gravures au burin par Ferdinand Springer présentées à pleine page et in-texte. Première édition illustrée du texte de Valéry.
29 l  [Touchet], Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre. L’Heptaméron des nouvelles de la Reine de Navarre.
Paris, éditions André Vial, 1949.                                                                            
300 €
3 vols in-8, en feuilles, couvertures imprimées en deux tons ; sous trois chemises et un étui cartonnés. 
235, 187, 224 pp.
Tirage limité à 1500 exemplaires, celui-ci un des 44 exemplaires du deuxième papier auxquels ont été ajoutés un état des eaux-fortes en noir avec remarque et un dessin original, celui-là au crayon et encre violette. 44 eaux-fortes en couleurs dont 14 hors-texte. "Le dernier ouvrage qu'aura illustré notre cher Jacques Touchet (1887-1943) aura été l'Heptaméron de la Reine de Navarre  […] C'est une des plus heureuses réussites de Jacques Touchet. […] Il a pu donner toute sa mesure et laisser sa verve et son esprit s'exprimer librement, soutenus par son érudition et le don qu'il avait d'animer les époques passées." André Warnod, Le Figaro du décembre 1949.
30 l  [Vieillard], Platon. Le Banquet. Édition dirigée par Maurice Darantière, traduite pour un tiers par Jean Racine, la suite par Mme de Rochechouart de Mortemart, abbesse de Fontevrault, et avec un Discours par Victor Cousin.
s.l., Bibliophiles Comtois, (imprimerie Nationale de France), 1952.                      
700 €
In-4, en feuilles, couverture ; sous chemise et étui cartonnés. Légers frottements à l’étui. [168] pp.
Tirage limité à 150 exemplaires sur vélin blanc de Rives filigrané au nom de la Société, celui-ci un des 25 exemplaires de collaborateurs, numéroté en chiffre romain. 14 gravures in texte de Roger Vieillard tirées par Roger Lacourière. Suite d’artiste avec remarques manuscrites et ornées, toutes contresignées au crayon et une planche refusée en épreuve d’artiste.Cette très belle suite est dans une chemise titrée au crayon par Vieillard.
31 l  [Vieillard], Rimbaud, Arthur. Hommage à Rimbaud. Burins de R. Vieillard.
Paris, éditions du Seuil, 1945.                                                                                    
500 €
Grand in-4, en feuilles, couverture imprimée en deux tons ; sous chemise et étui cartonnés de l’éditeur. 71, [1] pp.
Envoi au crayon de Vieillard en page de faux-titre. Tirage limité à 186 exemplaires, celui-ci un des 150 numérotés sur vélin d’Arches signé par l’artiste. 17 gravures au burin illustrent 12 poèmes de Rimbaud. Témoin conservé. Vieillard est, selon Bersier, « Le plus pur de nos burinistes », in  Jean Bersier, La gravure.
32 l  [Vieillard], Vieillard, Roger. L'Ecclésiaste Traduction et gravures au burin de Roger Vieillard.
Paris, Michel de Romilly, La jeune gravure française, 1950.                                 
300 €
In-folio, en feuilles, couverture ornée ; sous chemise et étui cartonnés de l'éditeur. 72 pp., suite sous couvertures légendées à la main par Vieillard.
Tirage limité à 214 exemplaires, celui-ci numéroté sur Arches. Truffé d’une chemise légendée par l’artiste, non notifiée dans la justification, comprenant une suite d’artiste des gravures pour l’Ecclésiaste. Édition originale de la traduction également par Roger Vieillard qui donne 14 burins originaux, un frontispice, 12 hors-texte et une vignette. Son travail d'illustrateur sur les lettrines est aussi à noter. La suite présente des états antérieurs aux états définitifs des gravures figurant dans l’ouvrage.
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