mardi 28 février 2017

LE BON PLAISIR DU CENTAURE DU XIXe S.


#PourCeuxQuiSontPressés

La #Lorgnette de la #VillaBrowna feuillette un #LivreAncien. Cette fois-ci, il s’agit de la #RevueLeCentaure de #LéonCrémière
#BonPlaisir #Photographie #Hippodromes #Vènerie #Chasse #Vaches #chevaux #chiens #mode #opéra





Pour ceux qui n'ont pas non plus le temps, mais qui le prennent quand même.

Si un centaure, rien qu’un seul, vécut au XIXe siècle, il fut évidemment le protégé de Léon Crémière. Crémière, ce fut le prototype du gars plein de ressources du Second Empire. Il fut l’élève puis l’assistant de Disdéri le photographe du Tout-Paris et l’inventeur en 1854 du portrait au format carte-de-visite. N’ayant pas l’œil dans sa poche mais plutôt rivé à l’objectif, n’ayant pas les deux pieds dans le même sabot, mais bien plantés dans son époque, Crémière ouvrit avec succès son propre studio en 1862. Il y photographia tous ce qui comptait alors d’aristocrates en vue, d’artistes et de célébrités dans le vent, de militaires fringants. Cette même année 62, il fut nommé photographe de la maison Impériale. Tout roulait pour Léon qui avait montré très vite un penchant véritable pour les animaux, chevaux et chiens principalement, qu’il photographia avec une grande sincérité.

Aussi, quand l’envie lui prit de créer une « revue illustrée du sport, de la vénerie, de l'agriculture et des arts », il la nomma tout naturellement Le Centaure. Mi-homme mi-cheval, cet animal mythologique concentrait à lui seul tous les goûts de Crémière. L’image choisie pour représenter la revue, cependant intrigue. On y voit un centaure bandant son arc, un lion mort à ses sabots. Comme on ne peut pas imaginer que le créateur du Centaure ait pensé à donner à sa revue l’apparence d’un de ces centaures soiffards, braillards et queutards à qui Hercule fit la chasse, on doit considérer qu’il voulut ici faire figurer Chiron, seul centaure parmi les centaures à avoir été sage. Du coup, nous voilà obligés de croire Apollodore qui affirma que Chiron nourrit son pupille Achille du sang de lion et de la moelle d’ours et de sanglier. Et nous voilà obligé d’accepter sans broncher qu’après sa mort, Zeus ait transporté Chiron dans le ciel, où il le métamorphosa en constellation du Sagittaire.

Mais pourquoi serions-nous obligés de tout expliquer à la fin? Pourquoi ne pas considérer tout simplement que ce soit au bon plaisir du dessinateur qu’il faille se référer pour… ne pas avoir à décrypter cette image composée de bric et de broc.



  Dans le fond, c’est la revue toute entière qui est axée sur le bon plaisir, celui de Crémière d’abord et celui de ses acolytes ensuite. On le sent très bien dans la variété des sujets abordés, « sport, vénerie, agriculture, arts » mais aussi faits divers, opéra, voyages de chasse et de villégiature, jardins, modes et récits de voyages.
Cela se sent aussi dans la fantaisie qui a présidé au choix des nombreuses illustrations qui accompagnent chaque numéro. Y défilent dans un désordre charmant les effigies d’hommes, de chevaux et de chiens célèbres, des scènes de
courses hippiques et d’attelage, les portraits de vaches primées à la Villette, d’élan de Suède, de lévrier de Russie de chameau harnaché, de faisans multicolores et puis - pourquoi se priver – des évocations du vélocipède naissant, des palmiers luxuriants, de patins à glace révolutionnaires et sublimement glissants. C'est grisant de glisser! Grisant au point que Wladteufel en 1882 en tirera son chef-d’œuvre: Les Patineurs [1]


On pourrait relever sans peine la diversité des techniques d’illustrations employées. On s'en tiendra à la photographie. Elle a la part belle. N’est-elle pas le cœur de métier de Léon Crémière ? Un Lord anglais, une diva, un bull-terrier, des chiens de meute se sont laissé tirer le portrait. La photographie se paie même le luxe de reproduire – c’est un comble – et à plusieurs reprises encore, ses ancêtres les tableaux.


Le bon plaisir de Crémière se retrouve enfin dans l’assortiment des informations que distille la revue. Certes, on y trouve consignées les comptes-rendus de chasse à grands renforts de " renseignements qu'on chercherait vainement ailleurs sur la vènerie impériale et sur les grands équipages de l'époque" et aussi les résultats des courses et des concours généraux de boucherie. Mais parallèlement, on y glane une kyrielle d’anecdotes et de faits divers amusants ou improbables. Il est dommage de ne pas pouvoir les aligner façon litanie. Contentons-nous de la façon puzzle. On trouve le détail d’un banquet hippophagique britannique composé entre autres choses, d’un consommé de cheval ABC à la purée de destrier Amontillado, de filets de sole à l’huile hippophagique, de filet de Pégase rôti aux pommes de terre à la crème, de petits pâtés à la moelle Bucéphale, de poulets garnis à l’hippogriffe, de langue de cheval à la troyenne. On s’initie plus loin, dans un grand article consacré aux loups en Russie, à leurs mœurs secrètes. Saviez-vous par exemple que « lorsque le loup vient de manger et qu’on lui donne la chasse, il commence par vomir, et déchargé de tout poids inutile, il court beaucoup mieux » ? On n’a pas le temps de réfléchir à l’adage « la charrette est un legs de la barbarie ; le chariot une conquête de la civilisation » qu’on apprend que « dans la nuit de Noël [1867], Mme la duchesse de Mouchy a mis au monde un enfant de sexe masculin. Sa majesté l’Impératrice a passé auprès d’elle une partie de la nuit et ne l’a quittée qu’après sa délivrance. »

Quelques pages plus loin, est relaté par le menu un duel au pistolet qui se déroula dans le wagon des bagages d’un train allant de Nashville à Decatur (Tennessee). Les coups de pistolet n’ayant rien donné hormis l'assassinat de l’unique ampoule du lieu, les deux ennemis se ruèrent l’un sur l’autre dans le noir le plus complet et au petit bonheur la chance se lacérèrent de coups de couteaux. Pour rester dans l’ambiance roman de gare, on aura une pensée pour « Souverain, magnifique étalon acheté 10,000 fr. par le gouvernement pour les haras, [qui fut] tué en arrivant à destination de la gare de Rosières. Son wagon-écurie [fut] broyé par la rencontre d'un train de marchandises survenant au moment où on le rangeait ». Dans un autre genre, on s’étonnera de lire que Johnny Bishop, fameux joueur de dominos aveugle, laisse une si fortune colossale à ses héritiers... Un seul adversaire le battit dans toute sa carrière. Je vous le donne dans le mille : il était lui aussi aveugle.
Enfin, on regrettera de ne pas pouvoir accompagner ce collaborateur appliqué du Centaure qui relevant au 27 de la rue Saint-Denis cette enseigne : « MADEMOISELLE AMANDINE. Pommes de terre frites et leçons de piano », considéra que « La chose [valait] la peine qu’on aille vérifier ». Aujourd’hui, las !, LINDSAY a remplacé AMANDINE. Et les fringues made in China, les frites et les double croches.

En laissant la bride lâche sur le cou de son bon plaisir, Crémière crée des éclairages parfois inattendus. Qu’on en prenne pour preuve, ces deux nécrologies qui semblent avoir été composées en miroir. D’un côté, on revient sur les grandes lignes de la vie de Néro, chien favori du Prince impérial, de l’autre sur celles d’Artus Talon, le chéri des champs de courses. Un chien et un homme également pleurés.


Néro par Carpeaux et Rousseau
Néro, tous ceux qui ont mis les pieds au musée d’Orsay le connaissent. C’est ce braque allemand qui en 1865 fut sculpté par Carpeaux enroulé autour du Prince impérial. Ils ont alors huit ans tous les deux. Carpeaux donne l’impression que le chien vient à l’instant de lever vers son petit maître son regard lumineux et confiant. Son oreille est encore en plein mouvement. Le garçonnet, poussé par le poitrail chaud de Néro, a déplacé un tant soit peu sa jambe gauche et a posé sa menotte sur le cou de son ami. Mais au printemps 1867, le chien venait de mourir. Une méchante hernie l’avait fait souffrir sans relâche les derniers mois. Le Centaure publia alors une reproduction photographique du tableau que le peintre Rousseau (Pas le douanier… Philippe seulement) avait exécuté « il y avait quinze jours à peine ». « Docile, le pauvre animal avait posé pour la dernière fois et je dois dire qu'il ne semblait comprendre que très imparfaitement l’honneur que lui faisait le pinceau du grand artiste. L'espoir de passer à la postérité ne paraissait avoir pour lui aucun charme. Fatigué d'une séance de trois heures par une chaleur tropicale, malgré la présence d'un lapin placé tout exprès pour réjouir ses regards, il se serait volontiers laissé aller à une sieste prolongée, sans les appels réitérés du peintre et les avertissements plus sévères du garde qui l'avait amené. » Néro avait suivi « la cour à Compiègne et à Fontainebleau comme à Biarritz et Vichy. Aux Tuileries il accompagnait l'Empereur et le Prince dans leurs promenades au jardin; à Saint-Cloud, il les suivait quand il montaient à cheval et chassait avec eux ».

Artus Talon, en chair et surtout en os.

Si Néro fut fidèle jusqu’à la mort à l’homme, Artus Talon le fut à sa plus belle conquête. « Il aimait trop les chevaux, c'est ce qui l'a tué ». Il mourut un an après le brave toutou à l'âge pas canonique du tout de trente-neuf ans. « Avant 1850, l'intrépide gentleman montait en steeple-chase, et l'on peut voir son nom figurer dans tous les récits des courses au clocher de cette époque, […] Sa réputation de cavalier a été proverbiale sur tous les hippodromes; il a gagné plusieurs grands prix en Angleterre. Au moment où éclata la guerre de Crimée, Artus Talon, lassé de la vie des courses, prit un grand parti et résolut de l'abandonner pour la vie des camps. Il s'engagea et s'embarqua aussitôt. A Constantinople, il acheta un cheval de chasse rouan, aux oreilles coupées, qui ne lui plaisait que médiocrement. Aussi, dès la première affaire, il ne manqua pas de l'échanger contre un magnifique cheval d'officier russe. […] La campagne terminée, Artus Talon revint officier, il avait promptement gagné son grade. Malheureusement, il avait aussi gagné les rhumatismes qui l'ont fait tant souffrir pendant ses dernières années et qui l'ont emporté. Je me souviens d'être venu Spa avec lui il y a un an. Durant tout le trajet, il se tordait dans des douleurs telles, que cela faisait peine à voir. A force de s'infiltrer de l'acétate de morphine, il trouvait deux heures de calme sur vingt-quatre. Etait-ce vivre? Et malgré tout il suivait un régime épouvantable se faisant maigrir pour monter ses chevaux, gaspillant le peu de forces qui lui restait. Il montait généralement de mauvais chevaux aussi faisait-il des chutes fréquentes; ses intimes l'invitaient cependant se ménager. L'un d'eux avait écrit pour lui des commandements qui commençaient ainsi :
"Tous les dimanches, tu tomberas.
Et les lundis, pareillement.
Jamais chair ne mangeras.
Pour être maigre à tout moment."


A plusieurs reprises, la personnalité de Talon apparait dans Le Centaure mais jamais mieux croquée que par le caricaturiste Crafty qui le fit plus maigre qu’un cent de clou et vissé à son cheval coûte que coûte. Si Talon fut le vrai centaure de son époque, Crafty fut quant à lui le poulain de Crémière. Dans chaque numéro ou presque, le rédacteur en chef lui octroya deux pages entières qui virent naître les premières planches de ses observations parisiennes et s’épanouir ses premiers instantanés de l’exposition universelle de 1867. Ces planches furent réunies plus tard par Crémière qui les publia en deux albums, les premiers de Crafty, qui furent intitulés « Snob à Paris » et « Snob à l’exposition ».


La gestion du vide par Cratfy et Vallotton


C’était encore le temps où l’on recrachait le caviar dans des crachoirs installés à cet effet. Crafty donne une amusante version crayonnée de cette méfiance pour la gastronomie russe. La légende du dessin se désole que « pour une personne qui entre et consomme, trois cents se contentent de regarder. Tout le monde aurait-il donc goûté au caviar ? » L’illustrateur joue sur les pleins et les vides pour montrer la suspicion des visiteurs français envers les cuisiniers russes. Comme Vallotton dans La manifestation, dessinée une vingtaine d’années plus tard, il prend le parti de masser le gros des troupes en haut et à droite de l’image. Le vide créé en bas à gauche semble plus intense et plus trouble, par le simple fait que notre esprit cartésien tend inconsciemment à placer les « choses lourdes » vers le bas. Voilà qui, en passant, vous explique pourquoi l’histoire de la chute de la pomme de Newton vous permet de piger au quart de tour la théorie de l'attraction universelle.

Laissons Newton à sa pomme, Archimède dans son bain et revenons à Crafty qui ne fut pas qu’un histrion de l’anecdote. Ses dessins redonnent vie à ce Second Empire insouciant et souvent potache. Ses illustrations vives et faussement naïves prennent aussi à l’occasion une importance insoupçonnée. L’une d’elles permet d’exhumer un témoignage d’une de ces demeures disparues qui font le quotidien des courageux étudiants de l’Ecole du Louvre qui suivent le cours « Architecture et décor des grandes demeures ». Dans la livraison de mars 1867, Le Centaure fit en effet paraître un de ses dessins représentant un des huit panneaux peints par Heyrault pour le décor du salon aujourd’hui disparu de La Vénerie, l’incroyable maison que voua au culte de la chasse le comte d’Osmond, ce furieux sportsman à qui nous devons les épatants Hommes des bois.



Les vainqueurs des steeple chases de 1868


Le Centaure, c’est aussi la bible des courses, cette belle folie du Second Empire. En 1857, sous l’insistance du duc de Morny, demi-frère de Napoléon III et membre du Jockey Club, on a inauguré en plein bois de Boulogne l’hippodrome de Longchamp, le premier véritable terrain de plat de la Capitale. La Société des Steeple-Chase de 1863 jusqu'à la guerre de 1870, organise des courses d’obstacles dans le bois de Vincennes.




Les courses font véritablement fureur. Les jockeys sont alors de très fashionables petites personnes, aux lèvres carmin, aux favoris et moustaches passés au fer à friser. Les couleurs chatoyantes des toques et casaques font écho aux robes et chapeaux des belles de cet Empire durant lequel on galopa et on valsa à qui mieux mieux. Dans Le Centaure, pas un numéro ne sort sans sa ou ses gravures hippiques. Le plus souvent en couleurs, elles sont gommées donnant une impression profonde de vitalité. Les chevaux sont de beaux spécimens que l’on connait par leur nom et que l’on représente légèrement allongés dans un goût anglais alors « so chic ! ». La maquette de la revue n’est-elle pas elle-même - c’est la Revue britannique qui l’affirme - « conçue sur le plan des journaux anglais de sport et de chasse et rédigée par les notabilités du monde cynégétique » ?

Quasiment personne n’aurait à cet instant parié un sou sur l’idée que moins de cinquante ans plus tard, le cheval serait en passe d’être supplanté par la voiture à moteur et le vélocipède. Quelques-uns en eurent la prémonition cependant et la fixèrent sur papier. S’il fallait ne citer qu’un livre, ce serait la Fin du cheval de Pierre Giffard, illustré de main de maître par Albert Robida et dont la couverture saisissante ne s’oublie pas. On y voit une tête de cheval de face, les yeux exorbités, le naseau frémissant, la crinière indomptée.



Mais n’allez pas imaginer que dans ces années 1860-1870, le cheval n’ait été que roi, et que sa vie ne fut que rose. Une illustration de Crafty s’applique à nous le rappeler. Elle est intitulée « Rêves d’un cheval de fiacre ». On y voit un cheval endormi sur de la vieille paille, l’encolure empêchée par un licol trop court. Sur son ventre, d’infernaux personnages s’acharnent. On y reconnait à leurs attributs, un cavalier, un cocher et un maréchal-ferrant. On serait presque tenté d’y voir un hommage au Cauchemar de Füssli peint en 1781 et qui connut un succès immédiat et européen.



Les cauchemars par Füssli et Crafty


"Il me trouve un peu dur"
Au-dessus de cette scène d’écurie, dans un nuage de rêve, s’enchainent les affres de la vie du cheval de fiacre et les promesses de l’abattoir. Au centre de la composition, séparé du reste des évocations par un cercle dessiné, on découvre la « Consolation !!! » de la pauvre bête de somme, à savoir un gros viveur qui mord à pleines dents dans un cuissot de cheval. La légende dit tout : «Il me trouve un peu dur».
Et nous revient en plein esprit, ce passage d’Un voyage dans les terres de Robert-Louis Stevenson (1878) qui nous a, il y a peu, été admirablement lu. Je vous laisse juges : « Et s'il est vrai, comme je l'ai ouï dire, que les tambours sont recouverts de peau d'âne, quelle pittoresque ironie cela ne contient-il pas ! Comme si la peau de ce patient animal n'avait pas été suffisamment battue pendant qu'il était en vie […], il fallait encore qu'elle fut enlevée aux quartiers de derrière de la pauvre bête, après sa mort, tendue sur un tambour et battue chaque nuit à la ronde dans les rues de toutes les villes de garnison de France. […] Mais dans cet état de momie et de triste survivance à soi-même, lorsque la peau creuse retentit sous les coups des baguettes, que chaque rataplan va droit au cœur d'un homme, y introduit la folie et cette disposition du pouls, que dans notre façon emphatique de parler nous surnommons Héroïsme, n'y a-t-il pas une espèce de vengeance contre les persécuteurs de l'âne. Autrefois, pourrait-il vous dire, vous me faisiez monter la colline et descendre la vallée coups de bâton, et j'étais forcé de l'endurer mais présent que je suis mort, ces coups sourds qu'on entendait peine dans les chemins de campagne sont devenus une musique entrainante en tête de la brigade, et pour chaque coup dont vous avez frappé ma peau, vous verrez un camarade chanceler et tomber ». © texte et illustrations villa browna / Valentine del Moral

[1] pour les écouter https://www.youtube.com/watch?v=K2k4B2VsIGU


LA REVUE QUI A PERMIS D’ÉCRIRE CETTE LORGNETTE est en vente à la librairie.

Le Centaure
Paris, Crémière, 1867-1868.

3 volumes in folio, percaline éditeur verte frappée de lettres et écussons dorés.

Rares volumes de cette revue très célèbre, très réputée, témoin du faste du Second Empire. Le Centaure, sous la direction de Léon Crémière parut de 1866 à 1869. Les trois volumes présentés couvrent l'année 1867 et une demi-année de 1868.
Quelques brunissures. Rares incidents aux lithographies aquarellées à la main, la plupart du temps aux endroits qui furent vernis. Un portrait de célébrité d'opéra manquant.
103 planches sur carton fort. Ces planches allient les techniques de la photographie, la lithographie en deux tons, la lithographie en couleurs, la lithographie aquarellée à la main et gommée, les gravures de mode.
Dans le texte, à pleine page, on trouve de très nombreux dessins au trait, essentiellement de Crafty.
Th. 159 "On trouve dans cette revue des renseignements qu'on chercherait vainement ailleurs sur la vènerie impériale et sur les grands équipages de l'époque".
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mardi 17 janvier 2017

DERRIÈRE LES COLLINES DE CALLIGRAMMES, L’HOTEL CALIFORNIA


#PourCeuxQuiSontPressés 

Les Eagles prophétisés par Apollinaire
Une #Lorgnette sur un #LivreAncien par la #VillaBrowna qui feuillette une #EditionOriginale des #Calligrammes d’#Apollinaire. Il y est question de #Golem, du #bleu, de l’#HotelCalifornia.




Pour ceux qui n'ont pas non plus le temps, mais qui le prennent quand même. 
Tenir dans ses mains l’édition originale des Calligrammes, c’est quelque chose. L’idée du recueil était venue à Guillaume Apollinaire aux beaux jours de 1915. Dès le 24 juin de cette deuxième année de guerre, dans une lettre adressée à Louise Faure-Favier, dont il partageait la bienveillante amitié avec Marie Laurencin, il annonçait clairement la couleur : « Case d'Armons est une curiosité bibliographique, j'espère qu'elle paraîtra en volume typographié après la guerre avec […] tous mes autres poèmes envoyés à mes amis ou amies. »[3].

Et c’est ce qui effectivement ce qui arriva. Case d'Armons et les poèmes écrits entre 1912 et 1917 parurent au Mercure de France en avril 1918. Le Mercure et Apollinaire, c’était une vieille histoire. Les portes de la maison lui avaient été ouvertes en 1908 par Léautaud qui y fit publier sa Chanson du mal-aimé. « Leur amitié dura, malgré le caractère difficile de Léautaud, jusqu'à la mort du poète. C'est sans doute pour tenir compagnie à Apollinaire
La revue du Mercure tâchée
convalescent que Léautaud lui offrit un de ses chats qu'il aimait plus que les hommes. »[4] Puis, à partir du 1er avril 1911 parut dans la revue du Mercure de France une nouvelle rubrique, joyeuse et débridée, La Vie anecdotique, signée par Apollinaire sous le masque de Montade. C’est au Mercure encore, que furent d’abord publiés « La grâce exilée », « La boucle retrouvée » et « Refus de la colombe », trois poèmes de 1915 envoyés à Louise Faure-Favier. Ils seront réunis sous les Lueurs de Tirs de Calligrammes. C'est enfin un exemplaire de la Revue du Mercure qui recueillit le premier sang du poète: «Bombardement, écrit-il dans son journal. Je lisais à découvert au centre de ma section, je lisais le Mercure de France, à 4 heures un 150 éclate à 20 mètres, un éclat perce le casque et troue le crâne. »

Une reliure de Devauchelle pour l'exemplaire de Gérard Bauër

L’édition originale des Calligrammes, numérotée, fut imprimée sur du papier de guerre orangé, rêche et odorant. L’exemplaire que nous présentons a miraculeusement conservé sa parfaite intégrité alors que l’on sait que ce méchant papier a une fâcheuse tendance à être cassant. Il a été protégé par ses couvertures d’origine et par une reliure de Devauchelle pleine de tact. Ce demi-maroquin à coins brun, aux plats et aux pages de garde de papier vert terreux souligne chromatiquement l’omniprésence du champ de bataille dans le recueil. Roger Devauchelle, à n’en pas douter, dut particulièrement s’appliquer à relier cet exemplaire, lui qui naquit en 1915 d’un père mort au champ d’honneur en 1914[5]. Apollinaire fut lui aussi, en quelque sorte, orphelin. Enfant non reconnu, élevé sans père, il partageait avec Devauchelle l’expérience de l’absence. Mais c’est le parfum de scandale qui le rapprochait de Gérard Bauër, à qui cet exemplaire appartenait. Le père de Bauër en effet ne fut autre que le fils naturel d’Alexandre Dumas, autrement dit un bâtard comme Guillaume.

Sans père, le poète-soldat, avait hérité d’une deuxième mère en devenant français le 9 mars 1916. Cette mère-patrie ne lui fit pas de cadeaux. Apollinaire, bonne pâte, n’en voulut pas à sa marâtre. Il chercha juste à laisser un « souvenir impérissable du moment de l'humanité où tout périssait »[6] . Par la même occasion, il décida d’en profiter pour faire entendre le chant du cygne de la « typographie [qui terminait] brillamment sa carrière, à l'aurore des moyens nouveaux de reproduction que [seraient] le cinéma et le phonographe. »[7].
Liber de laudibus Sanctae Crucis

Pour certains, les « calligrammes [furent] provoqués par les influences conjuguées du Mallarmé de Un coup de dés, la mise en page des journaux, les sous-titres des films, à un degré moindre par l'écriture sino-japonaise et par les premières expérimentations futuristes qui [voulaient] ajouter le mouvement (déplacement à la fois dans l'espace et dans le temps) à la simultanéité. »[8]
Le procédé n’était pourtant pas nouveau. Et de clignoter dans notre esprit, l’image de la Dive Bouteille rabelaisienne dont les contours épousent les mots de la prière de Panurge[9]. Il est par
Micrographie hébraïque
ailleurs admis que « le dessin textuel remonte au moins au IXe siècle, sinon à l'antiquité : Raban Maur (780 - 856) avec le Liber de laudibus Sanctae Crucis »[10] donne des exemples magistraux de cet art rare. La micrographie hébraïque fait aussi office d’aïeule des Calligrammes, ancêtre contre laquelle ils s’élèvent par leur revendication de modernité, leur refus de la tradition, l’éloge appuyé qu’ils firent des petits riens.



...pour changer un pneu
Parce qu’après tout, c’est la guerre. La mort rôde. Il n’est plus temps de prendre des pincettes. Il n’y a plus à avoir honte des petites choses triviales que l’on aime, ni à dissimuler les grandes affaires qu’on abhorre. En d’autres mots, il faut se magner les fesses de dire ce que l’on pense avant que la grande Faucheuse nous coupe le sifflet à jamais. Lope de Vega en eut comme Apollinaire pleinement conscience. Sur son lit de douleur, il demande avec insistance si c’est bien là la fin qui s’approche. On s’en étonne. On se consulte. On acquiesce. Et Lope, dans un souffle de soulagement, d’avouer : « maintenant, je peux le dire. Dante m’a toujours profondément ennuyé ». Apollinaire, lui, n’attend pas son agonie du 9 novembre 1918 pour faire son coming-out. Dans sa tranchée de terre, il gratte du papier. « Dans Calligrammes, aux trois quarts composés de poèmes de guerre, la mort est moins nommée peut-être que dans Alcools, et c’est tout à l’honneur du poète que d’avoir observé tant de discrétion et de pudeur touchant au risque accepté, choisi et couru, sans le moindre marchandage. Calligrammes ne fait guère d’allusions à la mort que pour rappeler sans élever la voix, le sacrifice des adolescents des classes 15 et 16. »[11] En revanche, il s’applique à mettre en lumière les accroche-chaussettes, le bois vert, les soldats d’un sou, un tout petit oiseau, des pneus qui éclatent, « la mandoline l’œillet et le bambou » qui donnent leurs formes souples à un triple calligramme.
Case d'Armons polygraphié
Case d’armons, le troisième livre du recueil est né de ces instants modestes. C’est un ensemble polygraphié de 21 poèmes imprimés «à la batterie de tir devant l'ennemi». On avait permis à Apollinaire, au front depuis avril 1915, d’utiliser le duplicateur stencil de l’état-major. Il tira donc sur papier quadrillé en juin 1915, 25 exemplaires retouchés à la main et enrichis de papiers collés[12]. On en imagine l’odeur, mélange d’effluves d’alcool paraffiné et de tabac pour pipe mâtinée peut-être d’un vague parfum de graillon. Un peu plus et on s’y croirait, aux côtés de Guillaume poète-poilu-potache.
La couleur violette des textes reproduits au stencil, c’est connu, tire parfois jusqu’au bleu. Or le bleu est la couleur prédominante des Calligrammes bien qu’il ne s’attache nullement à qualifier le ciel la plupart du temps fuyant, camouflé quand il n’est pas aux abonnés absents. Le bleu est plus à l’âme. Il se fait «galop bleu des souvenances», rappel de mer «Bleu-de-roi comme les golfes méditerranéens », « volutes bleuâtres » d’un cigare. Il joue les correspondances baudelairiennes quand il permet au « crapaud [de moduler] un tendre cri d’azur ». Et puis bien sûr, il évoque à plusieurs reprises « l’intrépide bleusaille » trop jeune et l’horizon des vareuses de la soldatesque trop bleues.


De marchantes mottes de terre
Si on lève peu le nez en l’air dans le recueil, c’est pour mieux garder le regard rivé sur le sol. Apollinaire en profite pour moderniser les figures du Golem argileux et de l’Adam terreux. Ce sont désormais les « Fantassins [qui sont de] Marchantes mottes de terre ».

Il réinvente dans la lancée le mythe de la bête endormie que l’on réveille et qui s’applique à vous faire comprendre qu’elle est du coup d’une humeur de dogue. Les soldats ne sont pas des marins qui mettent pied à terre sur une baleine assoupie prise par erreur pour une île et qui, ranimée par les allers et venues des bonshommes, les noie en plongeant sans crier gare. Ils ne sont pas non plus confrontés
à l’ire du Kraken engourdi qui dernièrement a été dérangé par les
le Kraken version Caraïbes
Pirates de Caraïbes. Ils n’ont pas à affronter Smaug, le dragon-gardien de trésor des nains qui fut réveillé par Bilbon le Hobbit.


Non. « Tandis que la guerre / Ensanglante la terre », c’est face à la Terre furieuse, qui n’a plus rien de nourricière que les soldats de la der des der se retrouvent malgré eux. « La terre a faim et voici son festin de Balthasar cannibale / Qui aurait dit qu’on pût être à ce point anthropophage / Et qu’il fallût tant de feu pour rôtir le corps humain ». Allons ! « Ne pleurez donc pas sur les horreurs de la guerre / Avant elle nous n’avions que la surface /De la terre et des mers /Après elle nous aurons les abîmes » ! Tu parles d’un cadeau. En prime, la Terre a fait en sorte de laisser béant chaque « trou qui tient lieu d’âtre et ce qui y brûle est un feu semblable à l’âme ». Il n’y a plus six portes de l’Enfer comme les avaient dénombrées les Anciens, mais autant que de cavités ménagées par autant d’obus tombés. Cerise sur le gâteau, la Terre s’est fait accompagner de sa fille la Tranchée qui est tombée amoureuse en bloc des troufions : « Ô jeunes gens je m’offre à vous comme une épouse / Mon amour est puissant j’aime jusqu’à la mort / Tapie au fond du sol je vous guette jalouse / Et mon corps n’est en tout qu’un long baiser qui mord ».

C’était encore et toujours pour les jeunes classes de 15 et de 16 qu’Apollinaire se fait du mouron.
Wilde/Apollinaire selon Fleuret
Pour sa part, il ne se fait pas d’illusion. Avant la guerre, lui qui se targue d’avoir la faculté de prédiction, a déjà reconnu plusieurs fois le signe de sa mort précoce. Son vieil ami Fernand Fleuret se souvient d’un de ces épisodes : « c'était en 1913. Il était venu chez moi avec quelques amis. Nous étions assis tous deux à une petite table, sous un buisson de fleurs. Son visage me rappelait, par un artifice de coiffure, celui d'Oscar Wilde, quand une rose chut en tournoyant dans sa coupe, pareille au passereau blessé. Nous eûmes tous deux la même pensée, celle de sa fin prématurée, et je vis son regard plaintif […] Il hésita quelques secondes, puis il porta sans mot dire la coupe à ses lèvres en me serrant doucement la main »[13].


« Apollinaire se vantait de ses dons de prophète et bien de ses prédictions se sont réalisées » affirme sans ambages Michel Décaudin, exégète du poète et découvreur des Lettres à Lou. Or, sa prédiction la plus sensationnelle se trouve peut-être toute entière dans un des poèmes de Calligrammes, « Les collines ».
Derrière les Collines...
Elles annoncent à n’en pas douter la chanson « Hotel California » composée et chantée pat les Eagles. Entre le poème et la chanson, ce n’est pas une passerelle que l’on peut jeter mais au moins un solide pont de pierre. Chez Apollinaire comme chez les Eagles, il y a la conscience de vivre une époque cramée qui succède à des époques bénies. Il y eut la belle époque d’avant 14 pour le premier et les années 60 naissantes pour les autres. Et tandis que Guillaume se demande « où donc est tombée [sa] jeunesse / Tu vois que flambe l’avenir », Don Henley, le leader du groupe, déclare : « Les paroles de ce morceau reproduisent parfaitement l'esprit de l'époque, qui était une période de grands excès dans cette région et dans le business de la musique en particulier. »[14]

La petite musique des « Collines » sonnent familière à nos oreilles baignées de culture pop. Bientôt les accords d’ « Hotel California » se font entendre au loin, qui se rapprochent. “Le chauffeur se tient au volant / Et chaque fois que sur la route / Il corne en passant le tournant/ Il paraît à perte de vue / Un univers encore vierge”, comme “on a dark desert highway” (le long d’une autoroute sombre et déserte). Au bout de la route, une jeune femme. “She lit up a candle and she showed me the way” (elle alluma une bougie et me montra le chemin). “C’est la dame / Elle monte dans l’ascenseur /Elle monte monte toujours /Et la lumière se déploie / Et ces clartés la transfigurent”. Si on danse dans « Les collines » et à l’ « Hotel California », c’est pour essayer de vaincre le temps. “Le bal tournoie au fond du temps” … “Some dance to remember, some dance to forget” (certains dansent pour se souvenir, certains pour oublier). Et tandis que “Tous sont morts [,] le maître d’hôtel / Leur verse un champagne irréel”, certainement un “pink champagne on ice”.

Apollinaire poète poilu prophète
Ce retour d’écho étonne et grise. Notre lecture en est chamboulée. « Les collines » dévoilent alors aux naïfs que nous étions jusqu’alors la vérité et – bon sang, mais c’est bien sûr – nous saisissons soudain à quel point Apollinaire prophétise les effets hallucinogènes et stimulants qu’auront les drogues douces et dures sur les Eagles et leurs petits camarades. L’homme des années 70 ? “Il découvrira d’autres mondes /L’esprit languit comme les fleurs /Dont naissent les fruits savoureux / Que nous regarderons mûrir”. Le poète annonce l’avènement du règne des “Profondeurs de la conscience / On vous explorera demain / Et qui sait quels êtres vivants / Seront tirés de ces abîmes / Avec des univers entiers”. Il en pressent aussi, douloureusement, leurs limites. “Jeunesse adieu voici le temps / Où l’on connaîtra l’avenir /Sans mourir de sa connaissance” mais durant lequel on ne pourra plus “kill the beast” (tuer la bête), délivrée à jamais de la boite de Pandore américaine.

Bertha versus Janis
A l’heure où Guillaume écrit, ce n’est pas encore Janis Joplin qui braille mais la grosse Bertha. Elle
Madeleine tombée au champ d'humeur
le laisse parfaitement de marbre. Il faut dire que les demoiselles qui traversent Calligrammes sont nombreuses. Il y a encore un peu de la perfide Lou, un peu de l’amie Louise et presque de la « Jolie rousse » qu’il épousera en 1918. On y voit surtout naitre, vivre et mourir l’image de Madeleine, cette jeune institutrice rencontrée dans un train, emportée en image sur le front puis abandonnée à son sort. Une bibliophile de notre connaissance, le docteur F. A. fut sa très jeune élève dans le sud de la France. Mademoiselle Pagès, entrée en religion apollinarienne, était alors devenue une petite pomme fripée, discrète à l’extrême qui frisait de la lèvre supérieure quand elle vous souriait, se transformant en un improbable chat botté aux cheveux blancs bleutés.

Le casque conservé à la BHVP
 Madeleine était tombée au champ d’humeur de Guillaume au contraire de Jeanne-Yves Blanc, sa marraine de guerre. Pourtant la jeune poétesse n’apparait pas dans Calligrammes et il faudra attendre 1948 et la publication des «Lettres à sa marraine» pour la découvrir vraiment. Blessé à la tête le 17 mars 1916 par un éclat d’obus, il avait dicté quelques jours plus tard à son infirmier une demande poétique : « Ecrivez-moi vite et faites s’il vous plait un petit poème sur mon casque qui s’est laissé percer pour me sauver la vie ». Jeanne lui répondit : « Sur le casque qui préserva du trépas / le porte-lyre Guillaume Apollinaire / […]/ Voyant la mort venir, humble héros fervent / il se laisse percer pour sauver un poète ». Voilà Guillaume Apollinaire à « La tête étoilée » d’une cicatrice de la tempe. Il porte désormais avec lui « cette ardente souffrance/Comme le ver luisant tient son corps enflammé /comme le saint chrétien est auréolé de sa sainteté souffrante » [15]. Etoilée, ardente, ver luisant, enflammé, auréolé ! La blessure ouverte de Guillaume Apollinaire a laissé filtrer un instant son âme lumineuse qui n’a depuis lors pas cessé d’étinceler, phare fidèle qui nous protège des perditions qui nous guettent.

LE LIVRE QUI A PERMIS D’ÉCRIRE CETTE LORGNETTE est en vente à la librairie

Guillaume Apollinaire
Calligrammes
Paris, Mercure de France, 1918.
In-8, demi-maroquin à coins brun, filets dorés, aux plats et aux pages de garde de papier vert. Tête dorée. Reliure signée Devauchelle. Couvertures et dos conservés.
Édition originale muni de l’achevé d’imprimer à la date du 15 avril 1918. Elle est illustrée d’un portrait de l’auteur gravé sur bois par R. Jaudon d’après un dessin de Pablo Picasso.
Précieux exemplaire numéroté sur papier d’édition ayant appartenu à Gérard Bauër. On y retrouve sur la page de faux-titre son ex-libris, genre de bulle échappée de la case d’une bande dessinée. Cet exemplaire fut mis en vente à Drout en 1962 de son vivant par Bauër. Il était alors broché. La reliure de Devauchelle est donc postérieure à 1962. Bibliothèque de M. Gérard Bauër, de l'académie Goncourt, Drouot,  22 mai 1962. n° 2.

Demander détails et/ou prix

NOTES
[1] In Le palais du tonnerre[2] In Il y a[3] Lettre présentée lors de l’exposition Apollinaire. Paris, Bibliothèque nationale, 1969 / [catalogue réd. par Jean Adhémar, &c][4] Exposition Apollinaire. Paris, Bibliothèque nationale, 1969. [5] Notice biographique in universalis.fr/encyclopedie/roger-devauchelle
[6] Apollinaire par Rouveyre in Arts et métiers graphiques, mai 1930
[7] Lettre à A. Billy In l’exposition Le Livre. Paris, [Bibliothèque nationale, 1972 / [catalogue sous la direction de Roger Pierrot et Marcel Thomas].[8] In l’exposition Apollinaire. Paris, Bibliothèque nationale, 1969 / [catalogue réd. par Jean Adhémar, &c].[9] Planche qui enrichit l’édition de 1565 du Cinquième livre et dernier livre de faicts et dicts héroïques du bon Pantagruel.[10] http://foxlet.free.fr/FR/ascii-art-et-calligrammes.php[11] Pascal Pia, Apollinaire par lui-même. In Ecrivains de toujours.[12] Un des exemplaires polygraphiés de Case d’armons a été reproduit chez  Gallimard. Grâces soit rendues à notre amie D.S. de nous l’avoir mis sous le nez.[13] Fernand Fleuret, Apollinaire in Vingt-cinq ans de littérature française : tableau de la vie littéraire de 1897 à 1920. Tome 2. 1925.[14] dans une interview au San Francisco Chronicle.
[15] In Tristesse d’une étoile
Pour tout détail biographique, on se reportera au
Guillaume Apollinaire de Laurence Campa, (Gallimard)

vendredi 16 décembre 2016

GYP SUIS, GYP RESTE! Projet d'éventail

#PourCeuxQuiSontPressés

C’est dommage! Dans la suite de cette #Lorgnette sur un #LivreAncien par la #VillaBrowna, on découvre #Gyp et son double #PetitBob, on scrute l’ #EnfantDansLaLittérature, l’art du #dialogue et de l’ #Eventail.

BOB alias GYP Projet d'éventail: l'allée des Potins










Pour ceux qui n'ont pas non plus le temps, mais qui le prennent quand même.

 Rouge garance et bleu horizon, enfin,
sauf pour le capitaine Dreyfus
comparatif les Gens chics et l"éventail
Mettons tout de suite les pieds dans le plat et les choses au clair. Gyp l’ultra-antidreyfusarde, dont nous présentons ici un projet d’éventail, a mauvaise presse. « Deux adversaires irréductibles, le dreyfusard Léon Blum et l’antidreyfusard Charles Maurras […attribuaient même] l’un et l’autre à Gyp une part prépondérante dans la vulgarisation des préjugés et des caricatures antisémites »[i][i]. Et pourtant, à l’instar de Céline, - toutes proportions gardées- elle a décorsété la littérature française en la libérant des « dit-il » et autres « renchérit-elle » et en la dynamisant d’une ponctuation débridée. A l’instar du douanier Rousseau dont elle est parfaitement contemporaine, elle a alimenté - toutes proportions gardées- le courant naïvo-coloriste que la peinture européenne ne dédaigna pas autrefois.

« Une séance à la Chambre, déclare Gyp un jour, une audience au palais, même un intérieur d’omnibus m’amusent plus que n’importe quel livre. » Elle aurait adoré notre époque, ses terrasses de café chauffées offrant le spectacle de la rue, ses lignes de métro nourrissant en leur sein des nids de mixité sociale ambulants. Elle qui méprisait le stylographe et le cinéma, ne jurant que par la plume et le théâtre, n’aurait pas pu faire autrement que de craquer pour les textos et les dialogues de Kaamelot.

Car, le dialogue ce fut son truc. Elle en donne la raison avec une franchise déconcertante : « Pourquoi ai-je adopté la forme dialoguée ? Parce que c’est d’une facilité révoltante, alors que le récit demande un semblant d’application ». Elle ajoute : « Je suis sans illusion sur la valeur intellectuelle d’une succession de tableaux bâclés et galopés comme tout ce que je fais […] « Ma seule force fut d’avoir ce que ma vieille tante Vielcastel appelait avec envie « une santé terrible ». Je n’avais que ça. Le côté intellectuel, ainsi qu’il a été facile de s’en apercevoir, ne m’a jamais donné de mal et a vécu sur le velours ».
Dans les premières années de son activité, cette sévère lucidité s’accompagna d’une volonté farouche de garder l’anonymat. De début 1881 jusqu’à fin 1882 son personnage du petit Bob - 8 ans et la langue partout sauf dans sa poche - qui apparait dans la Vie parisienne de Marcelin Planat, n’a pas de « maman », mais un paparazzi appelé Gyp qui ne le lâche pas d’une semelle. Quand en octobre 1883, « la bombe explose » lançant dans le vent de la rumeur le vrai nom de Gyp, « tout le côté « faubourg » de la famille [la] séche. [Elle comprend d’ailleurs] parfaitement leur réprobation ».[ii][ii]
[iii]
Gyp de 1849 à 1897

 
C’est que Gyp, à la ville est née Sybille Riquetti de Mirabeau. Elle descend du grand Mirabeau. Par son mariage, Sybille devenue entretemps Gabrielle, est devenue comtesse de Martel de Janville.
Trois enfants naissent. Dans un même élan, son patachon de mari atomise ses revenus propres ainsi que la dot de sa femme. Il faut trouver une solution. La jeune femme écrira. Comme pour Robida, comme pour Théophile Gautier, le besoin d’argent sera le moteur impérieux qui poussera Gyp à gratter de la copie sans relâche jusqu’à dépasser les 120 titres.

Or, la plume s’accompagne systématiquement du pinceau et de la mine de plomb chez Gyp. On pourrait même aller jusqu’à dire qu’elle crée comme elle respire.

le loft-atelier d'artiste de Gyp à Neuilly. Encadrés, les portraits de Mouche et La Trouille
Persuadés que nos intérieurs nous trahissent aimablement, nous pensons que la description que Bonnefont fait en 1897 du premier étage qu’elle occupait en donne la preuve éclatante : « cette pièce est toute à la fois chambre à coucher, cabinet de toilette et de travail, salle de bain, bibliothèque ; c’est là que Gyp passe la majeure partie de sa vie, c’est là qu’elle écrit et qu’elle peint, et, fidèle à son esprit d’ordre et de méthode, elle a mis tout près du lit où elle repose son chevalet et ses pinceaux, son bureau et sa plume, les livres à consulter, la table où compléter l’ajustement de sa coiffure. »[iv][iii]


Autant sa chambre-atelier est tout de guingois et son bureau frise l’apoplexie, autant ses journées sont réglées comme du papier à musique. « Levée vers neuf heures, elle fait sa promenade à cheval au bois ; puis la peinture occupe tout le reste de la journée et la littérature prend la nuit jusqu’à trois ou quatre heures du matin ». Voilà la maxime Mens sana in corpore sano revue et pratiquée par l’aristo fauchée la plus talentueuse de l’époque. De quoi prouver que l’on peut être rincée tout en restant chic.
Gyp en amazone prête pour rejoindre l'allée des Acacias


Chez Gyp, à Neuilly, l’écurie sera toujours plus briquée que la maison familiale. Tôt le matin, elle arpente au trot l’allée des Acacias qui fait ainsi office de salle de culture physique. A 11h, elle se transforme tout àcoup en salle de bal sonore : à cheval, les « people » y virevoltent et y papotent ; à pied, les groupies commentent et font tapisserie. Gyp s’est emparée de cette antichambre mondaine à ciel ouvert et en a donné un projet d’éventail aux couleurs acidulées. Le caricaturiste Sem reprendra l’idée à son compte quelques années plus tard, S’il cherchera alors à camper les attitudes des cadors du gotha, du music-hall, des ministères dans son Allée des Acacias[v][iv] qui parait en 1901, s’il s’appliquera à les rendre identifiables au premier coup d’œil, Gyp, elle, a semble-t-il surtout voulu en prendre un instantané. Sur ce polaroïd aquarellé les uns et les autres se croisent à toutes les allures. Mais qu’importe l’allure puisque la seule qui vaille n’est ni le pas, ni le trot, ni le galop, mais le chic !
Gyp et Sem: deux conceptions d'un même lieu


Sur ce rarissime projet d’éventail donc, on observe une armada de fringants militaires percée ici et là par des messieurs en civil et des amazones qui font partie de ce Monde dans lequel « Les passions humaines se sont rapetissées à la taille des personnages: on ne hait pas, on débine; on n'aime pas, on flirte; on ne cause pas, on potine dans une langue bizarre et hardie qui n'a que de très vagues rapports avec celle enseignée par l'Académie, mais qui n'en est pas moins la langue du high life ».[vi][v]

l'amazone au lorgnon dans les "Gens chics" et sur l'éventail
Tous les cavaliers traversent la scène de profil, se fichant comme d’une guigne que nous les observions. L’une des cavalières cependant, placée au centre de la composition, exceptionnellement nous fait face. Myope, elle n’a pas craint de garder son lorgnon. Deux points espacés figurent les narines et un sourire fermé balafre son visage d’une joue à l’autre. Elle monte visiblement bien. Ce n’est pas la seule fois que cette femme apparait sous le pinceau de Gyp. Dans les Gens chics, paru en 1895, elle trône sur une page de gauche du livre et nous permet, à la louche, de dater l'aquarelle. On ne connait pas son nom. On apprend seulement au détour de la conversation qui se tient qu’elle « a de l’aisance à cheval…on sent qu’elle est là-dessus comme dans un fauteuil…et puis, elle ne va pas à la messe… elle reste franchement ce qu’elle est…sans faire de malpropretés… sans renier son culte, pour donner le change aux imbéciles…ou aux complaisants… ». En d’autres mots, cette bonne cavalière est une juive que l’on peut respecter. Contre toute attente, dans ce chapitre des Gens chics consacré à l’allée des Acacias, renommée pour l’occasion « l’allée des potins », Gyp s’en prend d’abord aux bicyclistes et à ces « ignobles pantalons qui font ressembler toutes les femmes à des vieux zouaves difformes ». Elle ne se doute pas que quelques années plus tard, ce seront les premières automobiles qui viendront pétarader sous les naseaux des chevaux et qui investiront les fresques de Sem.

l'abbé
Petit Bob
Deux personnages seulement sont à pied. De part et d’autre de la composition, nous tournant quasi le dos, ils observent comme nous l’immuable pantomime parisienne. A gauche, un abbé en soutane, mains sur les genoux ployés, rabat empesé à l’horizontale. A droite, un petit garçon en culottes courtes, les jambes écartées, fichées dans le sol, les mains croisées dans le dos. Ces deux-là font la paire : les observations de petit Bob, puisqu’il s’agit de lui, ne vont jamais dans les réponses embarrassées de son précepteur d’abbé. Bob est un petit bavard déluré. C’est aussi le premier dans la littérature française à parler comme un enfant. Jusque-là « il semble que les personnages très jeunes aient été traités sur le même pied que les paysans. […On leur prête peu de paroles et] on ne décèle aucun effort pour suggérer un langage spécifiquement enfantin […] C’est en 1882, avec le « petit Bob », qu’un certain réalisme de forme et de fond se manifeste, peut-être pour la première fois, chez un enfant de la haute-[vii][vi] Certains littérateurs restent dubitatifs devant ce phrasé et cette fraicheur. Un certain M.A. Leblond y voit même « le type très poussé d’enfant riche… Il a paru à la généralité des lecteurs un enfant extraordinaire parce qu’il dit des choses qui dépassent son âge, mais c’est le propre de tous les enfants de son monde, élevés dans l’intimité des parents. … ils ne seront dans la maturité que de gens fort ordinaires, de banales intelligences de cercleux, vite usés par leur précocité même »[viii][vii]. En faisant cette prédiction, il semble qu’il se soit mis le doigt dans l’œil et profondément encore. En effet, Gyp, dans ses Souvenirs de petite fille, revient à plusieurs reprises sur sa propre façon de parler et de raisonner. La ressemblance est frappante. « Si ton grand-père était là, il te dirait que tu as la spécialité des réflexions déplacées » lui dit-on un jour. Une autre fois son grand-père qui pourtant l’adore, perd patience :
bourgeoisie. »
« – Sans même parler de tes études, tu pourrais t’appliquer, et ça tout de suite, à moins mal parler... Non seulement tu emploies les mots qu’on te défend (…) mais encore tu manges la moitié des autres... tu dis p’t’être au lieu de peut-être (...). C’est d’une paresse qui n’a pas de nom!...

– C’est pas d’la paresse, puisque c’est pour aller plus vite! » répond la future Gyp à qui on peut trouver maints défauts mais pas celui d’avoir développé avec l’âge une banale intelligence de cercleux, vite usés par leur précocité même.

Il y a donc pas mal de la petite Sybille dans le petit Bob qui ne se limite pas à commenter ce qu’il voit. Il s’empare aussi carrément de l’esprit de Gyp, prend possession de sa main et l’oblige à signer le projet d’éventail de son nom. Sa signature enfantine toute en volutes prend presque la forme d’une pâquerette. Une pâquerette qui aurait emprunté à la rose ses épines. L’exemple de cet éventail n’est pas l’exception qui confirmerait une règle stylistique. Gyp l’écrivain s’est en effet toujours dédoublée en Bob au moment de dessiner. Outre la liberté qu’apporte la naïveté feinte de ses compositions, cela provoque une mise en abyme qui lui permet d’observer ses contemporains avec toujours plus de recul.

Les croquis de Bob ont si souvent accompagné les textes de Gyp qu’il serait facile d’en conclure que la seule destination de ces dessins fut celle d’illustrer ses livres.
On aurait tort d’aller si vite en besogne.
Indépendamment des publications, Gyp a exposé ses travaux plastiques dans lesquels on souligna « la composition et le détail, la ligne et la couleur. Ce n’est point de l’art classique ; mais c’est une série de trouvailles où se mêlent la caricature et la vérité »[ix][viii] . En 1891, elle présente une série d’éventails peints à une première exposition en compagnie d'autres écrivains dont Anatole France et Octave Mirbeau avec lequel elle était pourtant fort brouillée. En 1884 dans la presse, il l’avait trainée dans la boue : « Quand, sur une route, je rencontre une ordure étalée, je l’évite ; quand je vois certains noms en tête de certains livres, je passe en me bouchant le nez : M. Catulle Mendès, (…) Mme de Martel (c’est Gyp...) ont le don de me faire prendre la fuite »[x][ix]. On a même dit qu’il avait voulu la vitrioliser. L’histoire alla jusqu’au tribunal.

D’autres œuvres de Bob ont figuré aussi au salon du Champ-de-Mars et en particulier les portraits à l’huile de ses fils, au pastel de sa fille, mais aussi de Mouche et de la Trouille, ses chiens favoris. Aux cimaises de la galerie Bodinière, 18, rue St Lazare, en 1892 et en 1898, elle accrocha les portraits de ses amis, de ses enfants, des amis de ceux-là et de ses chiens comme toujours.

Gyp, Jeune fille couchée dans l'herbe, conservée au musée d'Orsay
Les témoignages de cette activité artistique à part entière semblent pratiquement introuvables. On a bien une Jeune fille couchée dans l'herbe, conservée au musée d’Orsay. On connaît encore l’affiche [xi][x]. Il ornait le salon de sa maison de Neuilly. On l’aperçoit sur une photo pâle prise chez Gyp en 1897. Une autre photo de cette série laisse apparaitre les portraits de ses chiens Mouche et La Trouille.
Paravent perdu
imaginée pour les Images de Bob et de Gyp, exposées à la Bodinière en novembre 1898. Mais c’est presque tout. Il ne reste même pas trace du grand « paravent aux feuilles blanches divisées en petits panneaux dont chacun représente, dessinée et peinte avec l’humour la plus fantaisiste qui se puisse concevoir, une scène du maître de forge [de Georges Ohnet. Un auteur alors très à la mode…] Cette œuvre [fut évidemment] signée du terrible petit Bob, qui jamais, en ses naïvetés, ne fut plus primesautier et ne décocha plus justement les traits de sa critique »
On saisit alors toute la rareté du projet d’éventail que nous analysons en ce moment. On ne peut que s’enthousiasmer de pouvoir détailler de visu le coup de crayon, les traits d’encre et le parti pris coloré si particulier à Gyp. Présenté dans un encadrement d’époque à la marie-louise dorée et renflée, on se risquera à penser qu’il fut celui choisi par Gyp elle-même en vue d’une des expositions à laquelle Bob participa.
Marie-louise renflée et dorée


Bob et Gyp ne sont qu’ « une ». Difficile d’atteindre les genèses de ses pseudonymes. Pour Bob, c’est le noir complet. Pour Gyp, il existe plusieurs pistes. Il lui arriva de suggérer évasivement que c’était le résultat de la contraction de Gabrielle et de Sybille, ses deux premiers prénoms. On l’a entendu aussi affirmer, mollement, que cela venait du nom du petit chien pourri gâté mais fidèle de Dora la première femme de David Copperfield. Selon Willa Silverman, « mieux vaut chercher une explication plausible dans le sens d’une onomatopée. Certains comparaient le son de Gyp à un claquement de fouet, d’autres au bruit d’un lance-pierres ».
Histoire de mettre notre grain de sel, on constatera qu’on y retrouve le caractère « cinglant, vif et asexué »[xii][xi] des noms de plume des observateurs et caricaturistes de l’époque, au nombre desquels on se rappellera avant tout, ceux appréciés entre tous, de Sem et de Crafty… © texte et illustrations villa browna / Valentine del Moral


LE PROJET D'ÉVENTAIL QUI A PERMIS D’ÉCRIRE CETTE LORGNETTE est en vente à la librairie

[Martel de Janville, Sybille de] BOB alias GYP
PROJET D’ÉVENTAIL
S.l., circa 1895.
61 x 32 cm. encadrement 81 x 51 cm. La marie-louise est légèrement brunie en bas à gauche. Quelques incidents au cadre. Infimes défaut à l'aquarelle.
Aquarelle rehaussée au crayon et à l'encre, sans doute encadrée selon les souhaits même de Gyp qui exposa plusieurs fois des projets d'éventails.
On y retrouve l'atmosphère de l'allée des Acacias, lieu matinal et mondain, renommé l' allée des Potins par Gyp dans les Gens chics. Dans ce volume, on retrouve de nombreux personnages et détails de l'aquarelle. Demander détails et/ou prix


NOTES


[i][i] Willa Silverman, Gyp.
[ii][ii] Ces citations de Gyp sont relevés par Aymé Dupuis in Un personnage nouveau du roman français, l'Enfant.
[iv][iii] Bonnefont, Nos Grandes dames : Mme la comtesse de Mirabeau-Martel, 1897.
[v][iv] Pour plus de détails, Lorgnette de la villa browna Sem et Proust, même combat : l’acacia. http://villabrowna.blogspot.fr/2013/06/juste-quelques-lignes-pour-ceux-qui.html
[vi][v] In Revue illustrée, Juin 1889-Décembre 1889.
[vii][vi] Vivienne Mylne. Le dialogue dans le roman français de Sorel à Sarraute
[viii][vii] M.-A. Leblond, La société Française sous la République
[viii][viii] Bonnefont, Nos Grandes dames : Mme la comtesse de Mirabeau-Martel, 1897.
[x][ix] Mirbeau, Correspondance générale, vol 1.
[xi][x] Bonnefont, Nos Grandes dames : Mme la comtesse de Mirabeau-Martel, 1897.
[xi][xi] Patricia Ferlin, in Gyp, qui emploie ces qualificatifs pour le pseudonyme de Gyp uniquement.