mardi 26 août 2014

LA PIÈCE MONTÉE, CARBONE 14 DE L’HUMANITÉ



JUSTE QUELQUES LIGNES POUR CEUX QUI SONT PRESSÉS. (C’est dommage : dans la suite du texte, on teste la pièce montée en arêtes de poisson, on se casse une dent sur une brioche aux pierres précieuses, on plie les serviettes avec brio)

Le wedding cake n'est pas une preuve
À quand remonte votre dernière pièce montée ? Pour ma part, il me semble que ce soit celle que le catastrophique swedish chef du Muppet show composa pour le mariage de Kermit la grenouille et de miss Piggy. Comme le veut la tradition, il restait à ajouter l’effigie des mariés en haut de la pyramide de sucre. La statuette de la grenouille trônait déjà sur le haut du wedding-cake quand fut délicatement posée à son côté celle de la cochonne volcanique. Il ne fallut alors pas cinq secondes au dessert pour s’avachir lamentablement. Pour qu’il y ait pas de malentendus entre Kermit et nous au sujet de son soi-disant mariage, je prends sur moi de reproduire ses paroles: "I'm just an actor and when two actors marry on stage, they're only acting » (1). On comprend à demi-mot et on compatit. Il n’en reste pas moins que la pièce montée exista bel et bien. Elle n’avait rien de très exceptionnel.

Cela aurait peiné Alphonse Vanaise, pâtissier belge, dont l’échoppe réputée se trouvait au marché aux oiseaux de Gand. Il donna en 1935 une causerie des plus succulentes  sur La pièce montée à travers les âges, causerie qui va changer radicalement votre vision de la prochaine pièce montée que vous approcherez, si kitsch soit-elle.



QUELQUES LIGNES SUPPLÉMENTAIRES POUR CEUX QUI N’ONT PAS NON PLUS LE TEMPS (mais qui le prennent). 

Ceci n'est pas une médaille en chocolat...

Avant d’entrer dans le vif du sujet, parlons du bonhomme, cet Alphonse Vanaise, insaisissable, qu’une étude de 25 pages, disponible uniquement à la bibliothèque KBOV de Gand, annonce comme un « fameux pâtissier aujourd'hui oublié » (2). On connait quand même ses dates : 1852-1943. On sait aussi qu’il fut grand-père, puisque la plaquette que nous avons entre les mains est envoyée à l’encre noire à sa « chère Petite-Fille Jeanine ». On sait même que le gaillard reçut la médaille d’or de la Nederlandsche banketbakkers vereeniging en ce même mois de juin 1935 qui fut celui de sa conférence, récompense qui nous conforte dans l’idée que ce ne devait pas être un tocard de la gourmandise. Cette médaille, qui est jointe à la plaquette qui nous occupe, représente au recto l’allégorie du royaume des Pays-Bas, les armes léonines à son côté, ceignant d’une couronne de laurier le front toqué d’un pâtissier. Devant une telle représentation, on aimerait que la devise des Pays-bas ne fut pas seulement « Je maintiendrai »… mais :« Je maintiendrai ma ligne coûte que coûte malgré la pièce montée, ma foi alléchante, qui m’est brandie sous le nez ».


La plaquette de Vanaise
Vous affirmer que je suis une adepte de la pièce montée serait mentir ; commencée négligemment, la lecture de cet exposé se termina pourtant quasi euphoriquement. C’est un cours d’histoire, d’histoire de l’art, de diplomatie que nous prenons là. Une fois encore, le livre de cuisine dépasse ses bornes gastronomiques et gagne ses galons de livre tout court.
Au XVe siècle, les « mets pour les yeux », charmante périphrase, avaient comme rôle capital de faire patienter en faisant saliver les grands de ce monde. Des quelques exemples tirés des chroniqueurs anciens, Vanaise choisit de s’attarder sur le banquet du « vœu du faisan» donné par le très bourguignon Philippe le Bon à Lille, l
e 17 février 1454. A cette occasion, des convives émirent le vœu « sur la tête d’un faisan» d’aller délivrer Constantinople prise par les Turcs l’année précédente. Heureusement qu’ils ne jurèrent pas sur la tête de leurs mères, parce que cet engagement solennel, et bien, il ne fut pas honoré. Était-ce judicieux pour des gars très-chrétiens d’utiliser un rituel éminemment païen pour lancer une croisade ? Il s’agissait de faire jurer sur un animal les participants à une entreprise, animal qu’ils se partageaient ensuite. Mais nous ne sommes pas là pour revisiter les apports du paganisme au monothéisme, que Mithra nous pardonne, mais bien pour causer sucre et calories. 

Edouard Boldoduc, Le Voeu du Faisan, selon l'imagerie du XIX siècle
Repartons donc dans la description dudit « vœu du faisan ». Calculer les dimensions des trois tables dressées à l’occasion du banquet ne manquera pas de vous laisser rêveurs : sur la première table quatre pièces montées géantes avaient été déposées : une représentait une église munie d’une vraie cloche qui sonnait et dans laquelle  se tenaient quatre chanteurs s’égosillant; la suivante figurait un enfant sur un rocher qui « à la façon de notre Manneken-Pis, laissait couler de l’eau de rose dans une vasque d’argent » ; la troisième était « un bateau complètement gréé » avec matelots en chair et en os et cargaison de desserts à son bord ; la dernière une grande fontaine garnie de pierres précieuses. Ces démonstrations de force ont plus de panache que les guirlandes-rafales de Kalachnikovs qui trouent les vitrines des boutiques napolitaines (3). Toutes deux restent néanmoins des marques évidentes de puissance politique et militaire.

Il faut attendre, selon Vanaise, la fin du XVIe s. pour que la pièce montée de mariage montre le bout de sa chantilly…ou plutôt son zeste de citron. C’est lors des noces du duc de Mantoue en 1581 que la table des mariés s’enrichit d’un « château fait avec des navets et entouré d’un mur fait de citrons attachés avec des arrêtes de poisson ». On sent d’ici l’odeur ! On se demande si les pièces montées avoisinantes, réalisées en massepain, pâte alors encore rare et onéreuse, suffisaient à masquer les effluves de fin de marché. On aura
Tyrion Lnnister dans ses oeuvres
eu à peine le temps de se le demander que déjà on servait le cinquième service dont le clou était un pâté géant dont « sortit un nain qui offrit avec une grande politesse, à chaque convive, une paire de gants » de grande valeur. C’est
Tyrion Lannister, le plus petit des joueurs du Game of Thrones qui n’aurait pas aimé ça… Du jeté de paires de gants par-dessus le pâté par un nain ! Et pourquoi pas un lancer de nain tout court pendant qu’on y était! En revanche, la fin du banquet à la russe l’aurait enchanté : il s’agissait de casser tous les verres dans lesquels on avait jusque-là allégrement biberonné.

Une part des anecdotes relatées, l’auteur dit les avoir extraites d’ « un petit livre allemand [… le] Trincirbuch, document extrêmement précieux qui, parmi les relations très circonstanciées de plusieurs grands festins, donne des détails très curieux au sujet des pâtisseries qui y figuraient ». Il semble que Vanaise fasse allusion au très étonnant
Vollständig vermehrtes Trincir-Buch de Georg Philipp Harsdörfer, (1607-1658), un aristocrate érudit tout en légèreté, chantre du baroque, que ses petits camarades de la Société des Fructifiants - l’Ordre du Palmier dédié à la langue allemande - avaient surnommé l’enjoué. Cet opuscule est rarissime et on ne doit pas manquer d’aller surfer sur ses planches, numérisées in extenso par de bonnes âmes teutonnes (4).  Les illustrations de pliage de serviettes à eux seuls sont un délice. Ou un supplice c’est selon, qu’on ait eu à les plier ou à les déplier. A un banquet donné à la fin du XVe s. par le pape Grégoire XIII, une des pièces montées avait carrément été remplacée par un château de serviettes… Aujourd’hui, nous sommes, il faut l’avouer dans

la décadence la plus complète côté serviette. Il y a bien quelques restaurants indiens qui perpétuent l’origami culinaire…mais en papier. Il reste aussi, grâce aux dieux, quelques amphitryons magnifiques qui tiennent encore à la serviette en tissu, à l’image de celle-là qui lui a élevé un grand monument d’osier empli d’une multitude de ronds de serviette aux noms des happy few qui ont pris un jour place autour de sa table.

Mais Vanaise n’en appelle pas à la nostalgie. Il affirme que la  pièce montée est dans les gènes de tout pâtissier qui se respecte et qu’il suffirait d’un rien pour que les skyscrapers de sucre sortent à nouveau des plans de travail. Il rappelle au souvenir de ses auditeurs quelques pièces montées récentes. Ceux qui nous lisent devraient être sensibles à celle du mariage du duc d’Albany sur une des couronnes de laquelle, 25 petits amours, « déroulant des manuscrits [faisaient] allusion aux goûts littéraires du fiancé ». Impossible de trouver

Hommage aux lectures du duc d'Albany

des précisions sur les lectures préférées du duc, lecteur sans doute compulsif puisque sérieusement hémophile. Nous restons sur notre faim. Sur notre faim nous campons au moment d’en savoir plus sur la « brioche colossale » composée pour le mariage « d’une Miss Vanderbilt » dans les années 20. Déposée sur une charrette d’argent, elle avait été truffée de « bijoux sertis de pierres précieuses. Ceux-ci échurent aux convives au hasard de la distribution de chaque part d’invités ». Oh que cela devait être amusant ! On en bat des mains. Mais aucune image de ce roscón profane n’a été gardée ; aucun témoignage d’invitée comblée conservé. Pas même un bout de dent cassée sur un petit diamant brioché. Quelques années avant la conférence de Vanaise, deux demoiselles Vanderbilt s’étaient effectivement mariées, sans qu’on trouve trace dans les articles de cette brioche aux bijoux. Il s’agissait de Muriel « the perfect society girl » et de Cornelia qui se maria en avril 1924. Or, en avril 2014, soit 90 ans mois pour mois après la noce, un vieux monsieur héritant d’une tante qui fut cuisinière à Biltmore
petit déjeuner des noces de miss Vanderbilt
House chez les Vanderbilt se retrouva propriétaire d’une petite boite dorée au chiffre de Cornelia et de son mari et au nom de la maison. A l’intérieur, ce qu’il prit pour un vieux rogaton de fromage se révéla être un fragment du wedding-cake de l’héritière. On assurait que dormir avec un petit morceau de gâteau de noces sous son oreiller permettait à une jeune fille de voir en rêve son futur mari. La tantine resta demoiselle. Avait-elle le sommeil lourd ou fut-elle assaillie de visions d’horreur maritale, une brute patentée de sa connaissance peut-être ou un gringalet cra-cra du quartier ? On ne le saura pas. Elle aurait dû le bouloter ce morceau. Elle y aurait, qui sait, trouvé une bath agate ou un joli rubis.
© V. del Moral |librairie villa browna


(1) Sur le wedding cake https://www.youtube.com/watch?v=Epo85GY5kkc&index=1&list=RDEpo85GY5kkc. Dossier sur le mariage de Kermit et Piggy http://muppet.wikia.com/wiki/Are_Kermit_the_Frog_and_Miss_Piggy_married%3F
(2) Isabelle Van Langendonck, Alphonse Vanaise (1852-1943) ou l'histoire d'un fameux pâtissier aujourd'hui oublié. Bruxelles, ULB, 1996.
(3) Roberto Saviano,
Gomorra : Dans l'empire de la camorra, Gallimard, 2007. 
(4)
Numérisation du Vollständig vermehrtes Trincir-Buch de Georg Philipp Harsdörfer sur http://digital.slub-dresden.de/werkansicht/dlf/17244/1/

 

LE LIVRE ET LA MÉDAILLE QUI ONT PERMIS D’ÉCRIRE CETTE LORGNETTE sont en vente à la librairie: 

Alphonse Vanaise,  La pièce montée à travers les âges. Plaquette à laquelle est jointe une médaille d’or de pâtisserie.
Bruxelles, Union des Patrons Pâtissiers de Belgique, 1935.
Plaquette in-8 brochée, couverture imprimée en deux tons.  Titre, 23 pp.
Envoi de l’auteur à « chère Petite-Fille Jeanine ». Causerie faite à l’exposition Universelle Internationale de Bruwelles lors du IXe congrès de la pâtisserie belge. Deux illustrations à pleine page en noir. A été jointe à la plaquette la médaille d’or de la Nederlandsche banketbakkers vereeniging décernée à l’auteur en juin 1935.
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jeudi 17 juillet 2014

1 BÉCASSE, 16 NOUVELLES: LE CONTE EST BON POUR MAUPASSANT

JUSTE QUELQUES LIGNES POUR CEUX QUI SONT PRESSÉS. (C’est dommage : dans la suite du texte, on aperçoit des feuilles de marronniers transgéniques, une mise page digne d’un interrogatoire de polar américain, des chiens comblés, des Shéhérazades inspirés)

Intéressant pari que d’illustrer les Contes de la bécasse de Maupassant. C’est en tous cas celui que lança le génial Maximilien Vox à Pierre Falké au tout début des années 30. L’illustrateur l’accepta et triompha ! L’entreprise, pour être légitime, demandait une sacrée dose de jugeote. En effet, sous le prétexte d’un vieux baron qui ne pouvait plus aligner deux pas sans crier aïe, mais qui refusait de se priver de ses diners de chasse, Maupassant réinterpréta le gage culinaire par le truchement d’une tête de bécasse que le bonhomme, comme le veut la tradition « fixait sur une épingle, piquait l’épingle sur un bouchon, maintenait le tout en équilibre au moyen de petits bâtons croisés comme des balanciers, et plantait délicatement cet appareil sur un goulot de bouteille en manière de tourniquet ». « Et le baron, d’un coup de doigt, faisait vivement pivoter ce joujou ». La tête finissait par s’arrêter, désignant du bec l'un des convives à qui revenait la joie gourmande de boulotter à lui tout seul toutes les délicieuses têtes des bécasses offertes au diner. Pour dédommager l’assistance, le veinard se devait de raconter une histoire. Ce gage devenait donc le fil conducteur du recueil de la même manière qu’en 1970 le gage du morceau de pain tombé dans la fondue deviendrait sous la plume de Goscinny celui d’Astérix chez les Helvètes. Ce fil conducteur permettait à l’écrivain de coudre de fil blanc des histoires aux thèmes et aux registres très différents, fil blanc que l’illustrateur allait devoir interpréter par l’image.

QUELQUES LIGNES SUPPLÉMENTAIRES POUR CEUX QUI N’ONT PAS NON PLUS LE TEMPS (mais qui le prennent).
COUVERTURES DES CONTES DE LA BÉCASSE PAR FALKÉ
COUVERTURES DE ROBINSON CRUSOÉ
Les couvertures de cette édition sous emboitage méritent un petit paragraphe. Reprenant la composition virtuose de la jaquette qu’il fit pour le Robinson Crusoé que Jonquières publia en 1926, Falké a créé deux maries-louises de verdure au milieu desquelles émergent des fougères. Des hauteurs tombent des feuilles qui sembleraient plutôt avoir poussées dans les pays chauds, mais on dira – parce que, bibliophile et non botaniste – que ce sont des feuilles de marronniers génétiquement transformés avant l’heure. De la même façon qu’il avait placé dans sa composition pour Jonquières, une chèvre, un canoé, quelques outils et un coffre ouvert, autant d’indices qui rappellent le texte de Defoe, Falké adosse aux troncs des Contes, fusils, gibecière, cor et poire à poudre. C’est rendre hommage à la logorrhée cynégétique qui a largement enrichi la littérature française et dont les porte-paroles vont de Crac à Tartarin en passant par les invités du baron des Ravots qui nous occcupent présentement. En quatrième de couverture du Defoe, Robinson apparait dans toute sa splendeur de naufragé débrouillard tandis que sur celle du Maupassant, une bécasse en deux coups d’ailes, traverse une trouée ménagée dans le taillis touffu. Ils ne nous regardent pas. Seul, un toutou, immobile, nous fixe sans détours.
MAUPASSANT, MATHO, UN CONTEUR, SON CHIEN
Le détail est de taille quand on sait quelle place le chien tient et dans les textes de Maupassant et dans les illustrations de Falké. On sait bien que l’écrivain eut toujours autour de lui une petite ménagerie qui accueillit Mathô, le chien de ses jeunes années avec qui il chassait et nageait, puis, qui hébergea poils et plumes : Paf(f), Piroli, puis sa fille Pussy, un singe et ce perroquet polisson qui s’exclamait à chaque entrée d'une femme dans sa maison d’Etretat : « Bonjour, petite cochonne ! ».
Or, si Maupassant a su magistralement croquer son semblable dans ses misères et paradoxes, il faut reconnaitre qu’il n’a que rarement trempé sa plume dans l’encre empathique. Et si pour exprimer ses propres sentiments, il eut parfois recours à la comparaison, il ne choisit pas de s’identifier à un autre être humain : « Il fait si chaud en ce moment sous le soleil qui emplit mes fenêtres ! Pourquoi ne suis-je pas tout entier au bonheur de ce bien-être ? Certains chiens qui hurlent expriment très bien cet état. C'est une plainte lamentable qui ne s'adresse à rien, qui ne va nulle part, qui ne dit rien et qui jette dans les nuits le cri d'angoisse enchaînée que je voudrais pouvoir pousser. Si je pouvais gémir comme eux, je m'en irais quelquefois, souvent, dans une grande plaine ou au fond d'un bois, et je hurlerais ainsi durant des heures entières, dans les ténèbres. Il me semble que cela me soulagerait... » [1]. Cette complainte canine est toute entière reprise dans la Peur, une des nouvelles stars des Contes de la bécasse : « alors, pendant une heure, le chien [de la maison dans laquelle le narrateur s’était  réfugié] hurla sans bouger; il hurla comme dans l’angoisse d’un rêve; et la peur, l’épouvantable peur entrait en [l'homme] ». Dans une autre nouvelle, Pierrot,
LA MAITRESSE DE PIERROT
corniaud sans histoires est jeté dans un puits. On est glacé devant les choix successifs de sa maitresse qui, à un moment donné, prise d’un remords passager va nourrir Pierrot de morceaux de pain lancés de haut du trou. Le chien désormais invisible aux protagonistes et au lecteur aboie gaiement à l’arrivée de l’horrible dame, ne voyant que le bienfait, ne pouvant imaginer le méfait. Le présupposé de Maupassant dans cette nouvelle se retrouve parfaitement illustré dans une affiche récente concoctée pour la Fondation 30 millions d'amis, montrant un chien abandonné au regard tendre et étonné, ayant pour slogan « J'ai tellement peur que mon maître se soit perdu... ». Il faut bien reconnaître que « Maupassant est secourable à tous ceux de ses semblables que tenaillent les fatalités physiques, les cruautés sociales et les criminels hasards de la vie, mais il les plaint sans les estimer et sa bonté observe des distances. Par contre, le pessimiste a pour les animaux, que dédaignèrent les Évangiles, toutes les tendresses bouddhistes. Quand il plaint les bêtes qui valent mieux que nous,
MAUPASSANT CYNOPHILE
leurs bourreaux, quand il plaint les créatures élémentaires, les plantes et les arbres, ces êtres exquis il s'abandonne et il épand son cœur. Plus la victime est humble et plus généreusement il épouse sa douleur. Sa compassion est infinie pour tout ce qui vit misérablement, se débat sans comprendre, « souffre et meurt sans parler».» [2]
Cependant, les Contes de la Bécasse ne sont pas que noir ébène. Ce n’est pas qu’un catalogue de turpitudes que Maupassant nous jette aux yeux. On y rit, on s’y étonne, s’y émeut, s’y instruit. Connaissiez-vous seulement  l’existence d’une pépinière au jardin du Luxembourg, pépinière que par le percement de la rue de l'Abbé-de-l’Épée, Haussmann raya allégrement de la carte ? « Vous ne l'avez pas connue, vous autres, cette pépinière ? C'était comme un jardin oublié de l'autre siècle, un jardin joli comme un doux sourire de vieille. Des haies touffues séparaient les allées étroites et régulières, allées calmes entre deux murs de feuillage taillés avec méthode. Les grands ciseaux du jardinier alignaient sans relâche ces cloisons de branches ; et, de place en place, on rencontrait des parterres de fleurs, des plates-bandes de petits arbres rangés comme des collégiens en promenade, des sociétés de rosiers magnifiques ou des régiments d'arbres à fruit ». Dans cette charmille, Maupassant situe Le Menuet, petite tragédie douce-amère saupoudrée de poudre de riz de nos aïeules. Dans une large forêt, il place une chasse à courre pendant laquelle Joseph de Croissard brille devant Berthe d’Avancelles qu'il désire depuis des mois. La belle lui a bien fait comprendre que "si [elle doit] tomber, mon ami, cela ne sera pas avant la chute des feuilles. [Elle a] trop de choses à faire cet été pour avoir le temps". Or, l'automne est là et bientôt Joseph accède au lit dans lequel...il s'endort sans autre forme de procès!
QUELQUES-UNS DES CULS-DE-LAMPE
LAURA Preminger -  UN FILS Maupassant - QUI A TUE VICKY LYNN Humberstone
Épatants Contes de la bécasse tout de même. Et quel astucieux choix de titre. Sur le bec effilé d’une seule bécasse, Maupassant épingle ses nouvelles pour la plupart aux antipodes les unes des autres, comme autrefois les billets de crédit de monsieur le maire, monsieur le curé et la vieille Marie se côtoyaient sur le pique de l’épicier. On y retrouve les dadas de Maupassant, les amours bancales, la Normandie farceuse, le fantastique, la mer, la nature, la chasse, la cuisine. Des correspondances s’établissent, improbables, comme entre Ce cochon de Morin et Saint-Antoine qui tend à vérifier de manière inédite que « tout est bon dans le cochon ». Idem pour ce qui est des amours immortelles dans La rempailleuse et le Testament, des blagues potaches dans Un normand et dans Farce normande. Le lecteur ne peut que s’en réjouir ; l’illustrateur,au contraire, a dû être tenté de s’arracher les cheveux. Certes, il a illustré chaque conte au plus juste par de larges vignettes et des lettrines élégantes. Mais comment créer une unité à ce méli-mélo littéraire? Falké saisit le problème par la racine et décida de prendre en sandwich chaque histoire, entre le portrait du conteur et un cul de lampe bécassier. Par ce choix, il lia indéfectiblement les histoires les unes aux autres. Et comme si cela ne suffisait pas, il choisit une mise en scène identique et cinématographique pour les portraits. Chaque narrateur semble avoir été placé, comme dans les meilleures scènes d’interrogatoires des films noirs d’Hollywood, face à une source lumineuse de très grande intensité. Le personnage se retrouve ainsi projeté vers nous par une ombre tranchée qui le détache de la surface plane du papier. Mais à la différence de Laura et de Frankie Christopher, l’impresario de Vicky Lynn, nos compères supportent parfaitement ce traitement de
CONTEURS EN PLEINE ACTION
choc, savourant sur le bout de la langue le goût persistant des têtes de bécasses, laissant se consumer entre les doigts une pipe ou un cigare allumé. Certains sont saisis tellement sur le vif qu’on a l’impression qu’ils sont en plein milieu d’une phrase : la bouche est entr’ouverte, la main en mouvement. Ces Shéhérazades modernes obéissent de bon cœur à leur sultan et amphitryon qu’ils satisfont pleinement, réjouissant par la même occasion les lecteurs que nous sommes. Invariablement, Falké a flanqué chaque conteur d’un chien. Qu’il soit de race ou de sang mêlé, au poil ras ou moutonneux, élancé ou pot à tabac, le chien du

conteur apparait comblé : il lèche la main de celui-là, se fait caresser par ces autres-là, roupille dans le bras d’un fauteuil ou sous l’assise protectrice d’une chaise, s’épouille sans gêne ou halète, la babine remontée dans une ébauche de sourire. De quoi venger tous les Pierrot, et autres cabots martyrisés dont Maupassant rappela les vies de chien. L’écrivain, le 2 juin 1881 dans le journal Le Gaulois, relayait l'appel de la SPA à créer un «asile pour les bêtes». «Ce serait là une espèce d'hospice où les pauvres chiens sans maître trouveraient la nourriture et l'abri au lieu du nœud coulant que leur réserve l’administration ». Guy de Maupassant finira lui dans un « asile pour bêtes », la clinique du docteur Blanche, installée depuis 1846 à Passy, dans l’ancien hôtel de la princesse de Lamballe qui en quelque sorte annonçait la destination prochaine de sa maison en perdant la tête, tranchée en 1792 et baladée au bout d’une pique.
© V. del Moral |villa browna
[1] Fragment publié par Pol Neveux dans la préface des œuvres complètes aux éditions Conard.[2] préface de Pol Neveux.
 
LE LIVRE QUI A PERMIS D’ÉCRIRE CETTE LORGNETTE est en vente à la librairie:
Guy de Maupassant,  Contes de la bécasse. Bois de Pierre Falké.
Paris, Librairie Plon, 1931.
 In-4, en feuilles sous chemise titrée et emboitage en suédine verte.
Tirage limité à 235 exemplaires numérotés, celui-ci sur vélin d’Arches à la forme.  
72 bois originaux en couleurs de Pierre Falké, dont un sur la couverture, un frontispice et 70 in-texte. Mise en page élégante supervisée par Maximilien Vox. En savoir plus. Acheter le livre

vendredi 13 juin 2014

MAC ORLAN, BOFA, LES RATS ET LES POISSONS MORTS

LORGNETTES DE LA GRANDE GUERRE [2]
 
JUSTE QUELQUES LIGNES POUR CEUX QUI SONT PRESSÉS. (C’est dommage : dans la suite du texte, Edgar Allan Poe rode, Gus Bofa prête sa démarche à Keyser Söze, les rats singent les Poilus, le clair-obscur,
vitriol de l’illustration, prend ses aises et Mac Orlan rougit de plaisir).
Mac Orlan et Gus Bofa dans Les poissons morts
Entre Gus « Bofa » Blanchot et Pierre « Mac Orlan » Dumarchey, ç’a été à la vie à la mort. Pour être tout à fait exact, ce fut à la vie à la troisième mort de Bofa qui mourut selon ses dires  « deux fois au cours de [sa] vie, une fois en 1914 au Bois le Prêtre ; la seconde fois à l’hôpital de Toul. » La troisième fois, qui fut la bonne, laissa en 1968 un Mac Orlan déjà casanier, désillusionné et désolé. Nés en 1882 et 1883, Mac Orlan et Bofa étaient entrés dans la trentaine et dans la guerre d’un même pied. Et pour qui eut 20 ans à la Belle Epoque, le choc fut fracassant.


QUELQUES LIGNES SUPPLÉMENTAIRES POUR CEUX QUI N’ONT PAS NON PLUS LE TEMPS (mais qui le prennent).
 Eux, qu’on prit au mariage de Roland Dorgelès « pour des gens de maison car [ils étaient] tous rasés, ce qui n’était pas la mode », tombèrent des nues en rejoignant le front, et d’abord parce que ceux qui les avaient précédés avaient les cheveux longs(1) et la barbe hirsute, hippies militarisés, ce qui est vous en conviendrez, des plus incongrus.
Difficile de s’y faire...et d'y rester dans la Grande Guerre. Celle de Mac Orlan s’arrêta sur blessure en septembre 1916 à Péronne à une encablure de la maison paternelle désertée depuis Mathusalem. Celle de Bofa, plus tôt encore en décembre 1914. La hanche atomisée, la jambe écrabouillée, il refusa pourtant l’amputation, se releva la guibole débinée et le panard de traviole, trouva des chaussures orthopédiques à sa taille et inventa la boxe à cloche pied.
Bofa(s)
Un peu infirme mais pas du tout manchot, Bofa durant la dernière partie de la guerre va illustrer pas moins de cinq livres. En 1917, ce seront Les Poissons morts, U-713 ou les gentilshommes d'infortune de Pierre Mac Orlan et Chez les Toubibs qu’il écrit et illustre. En 1918, ce seront Le chant de l'équipage de nouveau de Mac Orlan et Signaux à l'ennemi, de Gaston de Pawlowski. Si je sais compter sur les doigts de ma main droite (fastoche : un doigt par livre), trois sont des textes de Mac Orlan. Si je compte maintenant sur les doigts de ma main gauche, trois sont en notre possession, deux de Mac Orlan et celui de Pawlowski. Auxquels il faut ajouter Bob bataillonnaire paru en 1919.
Si Mac Orlan dédicaça son Rire jaune à « G. de Pawlowski et Gus Bofa en témoignage de profonde amitié », on peut raisonnablement supputer que ces deux-là devaient s’entendre pour supporter la promiscuité de page. Ils devaient même s’entendre plutôt de près que de loin pour avoir signé ensemble Signaux à l’ennemi, un « petit chef—d'œuvre d'humour, de sensibilité et de malice terriblement française »(2). Voilà qui est dit et restons-en là mais pas sans vous conseiller le passage savoureux de la morsure profitable : se faire mordre par le chien Godillot, mascotte charmante à la généalogie chaotique et au mal de cœur agressif était, eh oui, une façon imparable pour gagner un mois peinard à l’arrière.
En passant aussi, ne dédaignez pas la lecture du Chant de l'équipage qui fut le premier d’une longue série de succès pour Mac Orlan, ce qui rétrospectivement doit vous faire pousser un ouf de soulagement. Le gaillard avait en effet un jour affirmé qu’il « écrivait pour ne pas devenir un assassin ». Certains universitaires au-dessus de tout soupçon échafaudent avec gourmandise des parallèles entre ce best-seller et l’Ile au trésor du grand, de l’incontournable R.L. Stevenson. Dans un écho d’outre-tombe (ou peut-être de bouche de métro) Raymond Queneau allèche un peu plus le chaland : « J'ai bien souvent relu Le chant de l'équipage et, à chaque fois, m'enchantent la grande peur d'Eliasar, les cravates d'Heresa, les cuites de Bébé-Salé, l'odyssée de l'Ange-du-Nord ».
Arrêtons-nous un peu plus longuement sur ces étonnants Poissons morts, parus en 1917. A sa sortie, ce récit des premiers mois de guerre choqua, les dessins de Bofa ne passèrent pas. On dit que le duo avait pris la chose avec trop de désinvolture et pas assez de respect. Pourtant, tout y est, rien n’est édulcoré dans ce livre, des anecdotes aux portraits en passant par les pensées, nombreuses, qui traversent l’esprit de Mac Orlan. Gus Bofa, à la démarche que Keyser Söze connut à n’en pas douter pour l’avoir si bien mimée dans Usual suspects, a donné à l’ensemble une tension désabusée.
Le titre même est duraille. Avouez que l’image de poissons morts, ventre à l’air, dérivant par paquets dans la Moselle n’est pas des plus réjouissantes. Or, ce sont ces poissons qui initient le narrateur à la guerre moderne et à ses dames de compagnie, les grenades. Le soir, roulé dans sa couverture, Mac Orlan « fut peut-être le seul à considérer cette déroute aquatique à la manière d’un conte d’Edgar Allan Poe ». Tu m’étonnes ! Enfin…pas tant que ça. Alan F. Farrell (3), un épatant professeur-écrivain américain de notre connaissance, guerroyant alors en pleine jungle vietnamienne, se retrouvant nez à nez avec le pied sectionné à la hauteur de la cheville d'un Vietminh qui venait de sauter sur une mine et y voyant la moelle bouillonner, eut comme toute première pensée que, dingue! Homère avait raison d'écrire que sur le champ de bataille "on voit même la moelle jaillir des vertèbres". (4)
Anyway, « à cette époque, [Mac Orlan était] déjà hanté par les Aventures d’Arthur Gordon Pym », au point de les faire illustrer après-guerre par Bofa et Falké pour les éditions de la Banderole qu’il conseilla. La littérature nourrit les Poissons morts. Edgar
CLAIR-OBSCUR Dormeur de la tranchée
Allan mais aussi Rudyard y accompagnent fidèlement Pierre. Des extraits de Kipling sont mis en épigraphe et la partie sur la Somme s’ouvre sur un chapitre intitulé « La route de Mandalay »… C’est Théo Varlet, traducteur de Stevenson et de Kipling, qui lui avait fait lire avant-guerre La Lumière qui s'éteint et La Chanson de Mandalay. Et si « Gus Bofa [voyait] dans l’aptitude de Mac Orlan à nourrir son imagination de faits et de détails techniques un point commun – et le seul – avec Kipling » (5), les amours littéraires de jeunesse,tenaces, poussèrent l’écrivain à persister et à signer… Pour exemple, en exergue de Bob bataillonnaire on retrouve encore les mots de Kipling : « J’ai payé ce que j’ai appris / Sans jamais discuter le prix ».
Mais le plus marquant dans les Poissons morts reste la limpidité qu’on y trouve, la pertinence du récit avec lesquels les lecteurs numéralisés du XXIème s. que nous sommes pactisent étonnamment vite. L’impression est accentuée par le fait que certaines pensées procèdent de l’aphorisme qui comme chacun sait
CLAIR-OBSCUR Le feu de camp
est de toute éternité. Dans le fond, « c’est une question de politesse […] il faut toujours participer à la pensée de quelqu’un quand ce quelqu’un vous fait la grâce de causer avec vous », ou d’écrire pour vous.
Les poissons ne sont pas les seuls animaux à tenir dans le récit le haut du pavé. Outre les chiens, la place que Mac Orlan a octroyée aux rats a révulsé ses contemporains. Pourtant, la chasse aux rats,c’est l’occasion d’avoir prise avec la réalité de la vie normale, c’est retrouver un dégout à taille humaine,
CLAIR-OBSCUR Les feux de la rampe
c’est s’occuper les méninges et oublier les lendemains qui ne chantent pas. Plus métaphoriquement, les rats sont les Poilus eux-mêmes et il ne faut pas nous étonner que l’écrivain leur ait donné la parole un chapitre entier. Pourchassés par un ennemi de taille, le chien, ils font preuve d’astuce, de panache, de désinvolture et reconnaissent au trou, la tranchée du rat, des avantages non négligeables. Gus Bofa adhère au discours de son ami dès la couverture qui présente un homme, un poisson et un rat en sale état. Bofa a également parsemé les chapitres d’instantanés en noir et blanc, chargés de clair-obscur, le vitriol de l’illustration. Regardez plutôt. Un homme (peut-être deux) git allongé, sans doute face contre terre : Il [ne dort pas] dans le soleil, la mainsur sa poitrine |
Tranquille », mais protégé par l’ombre tranchée de la tranchée. Un autre soldat pousse la chansonnette, seul sur scène, éclairé par les feux de la rampe. Ses compagnons dorment tout autour, bercés par son récital. Un poilu dont la fumée de la pipe fraternise avec celle de sa pitance en train de réchauffer, irradié par la lumière du feu, devient un poor lonesome cow-boy who « has got a long long way to home / Over mountains and over prairies », par-delà les tranchées et les no man’s lands. Du texte et du dessin émerge une poésie naturelle, qui par courtoisie se reprend et nous amuse au moment même où elle allait nous saisir à la gorge.
L’écrivain et l’illustrateur s'entendent comme larrons en foire et on le sent dès la page de faux-titre : on y reconnaît Bofa tel qu’en lui-même, les oreilles décollées, les béquille calées sous les bras, la patte folle et le pied de traviole en avant. Au-dessus, Mac Orlan, en uniforme, médaille épinglée sur la poitrine, chien en laisse, béret enfoncé soulignant les sourcils froncés. On reconnait parfaitement l’écrivain dans ce dessin. Et c’est presque comme si Bofa avait connu une transe prophétique : au travers d’une photo beaucoup plus tardive, sans doute prise dans les années 60, on retrouve intacts le béret, l’œil rond légèrement cerné, la sinusoïdale des sourcils, le clope au bec.
Mac Orlan sans fards
En 1923, ce n’est plus un portrait réaliste mais bel et bien fantaisiste que Bofa nous donnera de son ami Mac Orlan dans ses excellentes Synthèses littéraires et extra-littéraires que nous avons aussi la joie de pouvoir ici feuilleter. La boutique d’horlogerie à l’enseigne du « temps retrouvé » de Proust est connue, la voiture vrombissante de Morand aussi. Mais elles n’éclipsent cependant pas l’île au trésor de Mac Orlan. Il est assis sur sa plage, abrité du soleil qui tape par l'ombre d'une forêt luxuriante qu'on devine, la pipe à la bouche, les lunettes sur le nez, un foulard noir de pirate remplaçant le béret, une tête de mort dans le dos, une canne à pêche de petit garçon à la main. Au bout du fil frétille un tout petit poisson ridicule, sur la ligne d’horizon un bateau pirate est au mouillage. Toute la tendresse taquine de Bofa pour son vieil ami transparait. Un coup de soleil marque ses pommettes. Un coup de soleil ? Ne rougit-il pas plutôt du plaisir d’être représenté en flibustier de la littérature d’aventure qui lui sauva la vie ?
(1) Dixit Mac Orlan dans les premières pages des Poissons morts. (2) in La revue de la Quinzaine du Mercure France. 1918. (3) Dr Alan Ford Farrell, Cortez in Darien, in Arion, A journal of Humanities and the Classic, Boston University.(4) Iliade, XX, 483.(5) Baritaud citant Bofa, Notes de Lectures sur Légionnaires « les livres à lire…et les autres », Le crapouillot, nov 1930.  

LES LIVRES QUI ONT PERMIS D’ÉCRIRE CETTE LORGNETTE sont en vente à la librairie:
[Gus Bofa], Pierre Mac Orlan  Les poissons morts. Illustrations de Gus Bofa
Paris, Payot, 1917.
In-12 broché, couverture illustrée en deux tons par Gus Bofa. 243 pp., table, extrait de catalogue.
Edition originale. Illustrations de Gus Bofa. en savoir plus ou commander l'exemplaire

 [Gus Bofa], Gaston de Pawlowski  Signaux à l'ennemi
Paris, Eugène Fasquelle, 1918.
In-8 carré broché, couverture illustrée en deux tons par Gus Bofa.
Edition originale illustrée. Illustrations de Gus Bofa.en savoir plus ou commander l'exemplaire

[Gus Bofa], Pierre Mac Orlan  Le chant de l’équipage. Roman d’aventures
Paris, L'Edition Française Illustrée, 1918.
in-12, broché, couverture illustrée en deux tons par Gus Bofa, 298 pp.
Edition originale. Illustrations de Gus Bofa in texte ou à pleine page.en savoir plus ou commander l'exemplaire

[Gus Bofa], Pierre Mac Orlan  Bob le bataillonnaire (roman d’aventures)
Paris, Albin Michel, 1919.
In-12 broché, couverture illustrée en couleurs par Gus Bofa. Dos abimé. 254 pp., table, extrait de catalogue.
Edition originale. Envoi de Mac Orlan à la plume. Illustrations de Gus Bofa.en savoir plus ou commander l'exemplaire

Gus Bofa, [Blanchot, Gustave] Synthèses littéraires & extra-littéraires.
Paris, Mornay, la collection originale, 1923. 22 pp. dont dédicace, faux-titre, titre et avertissement, [2], 34 planches, [2], 6 planches, [2] pp.

In-8, demi-vélin à coins, dos orné du titre et d'une vignette dessinée le tout à l'encre noire et rouge. Couvertures et dos conservés.
Edition originale. Un des exemplaires numérotés sur vergé blanc. Préface de Dorgelès, croqué par Bofa à l’instar de Proust, Loti, Huysmans, Renard, Courteline et bien d’autres. L’auteur avertit que “ce titre elliptique quoiqu’il puisse signifier, s’applique assez inexactement aux dessins qu’il annonce. Un titre plus complet eût été Synthèses, Analyses, Exégèses, Prothèses, Antithèses, Diathèses, Synopsies, Symboles, Paraboles, Impressions, Expressions et divertissements littéraires, qui ne signifierait, d’ailleurs, rien de plus”. Ces synthèses sont suivies de 6 synthèses extra-littéraires.en savoir plus ou commander l'exemplaire