mercredi 29 mars 2017

BALS COSTUMÉS POUR EMPIRE CONSUMÉ



#PourCeuxQuiSontPressés  

La #Lorgnette de la #VillaBrowna feuillette un #LivreAncien.
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Pour ceux qui n'ont pas non plus le temps, mais qui le prennent quand même.   

« Ouhaaaa ouha ouha oua, la cômédie, la cômédie, … la comédie d’un jour» ou plutôt celle d’une époque, voilà ce dont témoignent en technicolor les 20 planches de l’Album du Progrès, Costumes Historiques, Artistiques et Travestis.
Elles parurent une par une, de 1856 à 1876, dans le journal du Progrès : journal des véritables intérêts de l'art du tailleur et des Modes de Paris. « Cet Album, de la plus grande beauté comme art et comme curiosité, est composé des principaux costumes de travestissements qui ont été publiés dans le journal le Progrès, […] des travestissements de tous genres, ainsi que tous les costumes pittoresques, fantastiques, artistiques pour bals et soirées. »[1]


En avant la zizique

C’est que le Second Empire, voyez-vous, fut l’empire des bals costumés. « Dans les milieux officiels, nul ne s'affranchissait des bals travestis donnés par des membres du gouvernement, et les fonctionnaires de l’ordre le plus austère se faisaient une obligation de se costumer pour y assister. Ne vit-on pas le grave M. Feuillet de Couches, maître des cérémonies impériales, en mandarin chinois? […] La tyrannie du travestissement s'étendait même aux sénateurs. »  
Ah ! Voir dans Point de Vue, Gérard Larcher en Jules II, François Baroin en petit marquis poudré,  Samia Ghali en Catherine de Russie ! Voilà qui éclairerait notre horizon bouché de complets Arnys bleu nuit et de costumes Agnès B. sombres.

Quoiqu’il en soit, ces braves élus « éprouvèrent quelque soulagement, lorsque, vers la fin du règne, on adopta les manteaux vénitiens […] Ils avaient aussi la ressource du domino, mais celui-ci exigeait le masque et vous livrait à l'intrigue. »[2]
Panoplie du domino
Le domino, robe ouverte à capuchon descendant jusqu’aux talons, s’il livrait à l’intrigue, c’était surtout parce qu’il exigeait le masque. La chose était si courante que tôt dans le siècle, dès 1830, Hugo s’en empara pour créer l’effroi par métonymie : « Le masque en domino noir paraît au haut de la rampe. Hernani s'arrête pétrifié ».  Scribe et Auber en tirèrent eux, en 1837, Le domino noir, un opéra-comique à succès. 
Mais la fantaisie de cette seconde moitié du 19e s. ne pouvait pas se contenter de sages dominos. On avait décidé une fois pour toutes de ne pas se prendre au sérieux et on s’habilla en seigneur hongrois, en Ecossais, en troubadour florentin, en soubrette Louis XV, en torero, en matelot, en Pierrot, en Mâconnaise, en Méphistophélès. On décida aussi de mélanger tout ce petit monde hétéroclite et on mit dans le même salon la reine des fous, une farouche fille du Caucase, la dame de pique et une humble laitière. 
 Sur les planches colorées de l’album, les déguisements ne sont pas portés par des mannequins en celluloïd mais par des êtres de chair et de sang.
Certes les belles dames ont toutes la même taille fine, certes les beaux messieurs ont fait rafraichir leurs moustaches chez le même barbier, mais si l’on prend le temps de s’attarder, on découvre que ces archétypes profitent de l’occasion pour se conter fleurette. Les mains se cherchent et se trouvent, les regards se croisent, les duos se font trios. Rien de bien étonnant à cela. C'était dans l'air du temps. Un invité au très select bal costumé donné par l’Impératrice le 9 février 1863, à ce bal pendant lequel pour la première fois on dansa le quadrille des Abeilles, ne se souvenait-il pas qu’il « fut des plus brillants, et un tant soit peu leste »[3]. 
A quatre mains, et plus si affinité.
 
Pauvre bédouin!
L’empereur ne fut pas le dernier à jouer le jeu du travestissement. A l’extrême gauche de la troisième planche du recueil, se tient un bey armé de coutelas, dont la barbe de trois jours dissimule les moustaches et la barbichette célèbres de Napoléon III. C’est en tous cas ce que j’ai décidé de croire après avoir lu qu’à « un bal costumé donné par le président du Corps législatif, Napoléon III s'était déguisé en Bédouin et portait un masque. On le reconnaissait aisément à sa démarche un peu traînante, mais la consigne était de ne pas le reconnaître. Il portait dans son ceinturon un poignard richement orné de pierres en imitation. Il s'approcha de la princesse de Metternich lui demanda si elle n'avait pas peur d'un homme armé jusqu'aux dents. Elle répondit qu'en effet, sa vue la faisait trembler et que le seul moyen de la rassurer était de lui donner son magnifique poignard.
— Que veux-tu donc en faire? demanda-l-il.
— J'en démonterai les pierres pour qu'on me les monte en bijoux.
— Sais-tu que chacune de ces pierres vaut un million?
— Allons donc ! s'écria la pétulante ambassadrice. Un pauvre Bédouin comme toi aurait vendu depuis longtemps ces pierres, si elles valaient un prix pareil. Quand tu seras rentré chez toi, demain matin, à ton réveil, tu m'enverras ton poignard. Je n'en ferai pas faire de bijou pour moi, mais je le conserverai en souvenir de toi dans un musée qu'a mon mari en Bohême, dans un château qui s'appelle Königswart.
Le lendemain matin, on apporta à la princesse un petit paquet bien ficelé qui contenait le poignard en question avec un bout de papier sur lequel se trouvaient écrits ces mots tracés de la main de l’Empereur : « De la part du pauvre Bédouin ». »
Le pauvre bédouin s’enticha dans les années 1856-57 d’une italienne volcanique, qui aurait été une « Marianne »  parfaite pour sa Seconde République… s’il ne l’avait pas transformée en Empire. Il s’agissait de Virginia de Castiglione.
Elle était devenue la maitresse de Napo en juin 1856 et, dès juillet de la même année, elle commença à poser devant l’objectif de Pierre-Louis Pierson. La Castiglione se fit entre autres tirer le portrait dans ses tenues de bals masqués. Sa présence sulfureuse émane de l’Album du Progrès. On pourrait jouer longtemps au jeu des ressemblances, mais nous nous limiterons – puisque vous avez un train à prendre, une réunion à rejoindre – à deux exemples :


La Castiglione - Dames de cœurs et de pique
La Castiglione - La Frayeur

 Sur la planche n°20, une femme de dos se rue sur un personnage masculin. Sa robe est lestée d’une guirlande de vigne chargée de grappes de raisin. Le premier mouvement serait d’y reconnaitre une bacchante alors qu’il faudrait plutôt y voir une évocation de la Frayeur que La Castiglione décida, l'espace d'un soir, de personnifier. On ne doit pas non plus s’empêcher de voir dans la Dame de pique de l’Album, un rappel de la Dame de cœurs qu’incarna Virginia au bal du 17 février 1857. Les deux robes quoique dissemblables à première vue, méritent qu’on les détaille. Toutes deux affichent la couleur. On y découvre une kyrielle de piques sur l’une et de cœurs sur l’autre. Mais par-dessus tout, elles possèdent un décolleté sans corset fait de gaze légère portée à même la peau qui, selon les veinards qui allèrent à ce bal, laissait deviner la jolie poitrine de l’Italienne. 
Les acteurs et actrices, les chanteurs et chanteuses à la mode hantent également les planches de papier. Or, on remarque que ces vedettes qui brillèrent sous Napoléon III, sont essentiellement représentées dans les planches exécutées après 1870. Comme si… comme si, dès les premiers jours de la IIIe République, on était tombé en nostalgie pour l’Empire second du nom. 


Faure-Méphistophélés
Levesque-Chicard
Exhumons en passant,  le baryton Faure, présent à cinq reprises dans l’Album. Il composa un saisissant Méphistophélès pour le Faust de Gounod.
Rendons gloire à Chicard, célébrité de la rue comme on n’en fait plus. C’était à la ville, un marchand en cuirs de la rue Quincampoix nommé Levesque. Il inventa son costume, sa propre chorégraphie et organisa un bal de carnaval prié, le très fameux bal Chicard. Outre les inamovibles bottes fortes et gants à manchette de buffle, son costume se composait d'un bizarre assemblage d’objets hétéroclites qu’il variait à l’infini. Un plumet colossal devait impérativement trôner sur son casque qui dans l’album est confectionné à partir d’un moule à biscuit. 
Hortense Schneider - Veuve de Malabar
Marie Sasse-L'Africaine

Comme ce fut le cas dans la « vraie » vie, les égéries du boulevard, les divas des planches rivalisent d’audace dans les feuilles de l’album. On retrouve les tenues imaginées pour Marie Sasse dans l'Africaine  de Meyerbeer, pour Hortense Schneider dans la Veuve du Malabar d’Hervé, pour Blanche d'Antigny, Minerve dans la Boite de Pandore de Litolff. Le costume de Cora Pearl dans l’Orphée aux Enfers de Jacques Offenbach éclabousse la quinzième planche comme il monopolisa la presse et les conversations de l’époque. Ceux d’Hortense Schneider créés pour la Barbe-Bleue et La grande duchesse de Gerolstein du même Offenbach témoignent un peu plus encore de la gloire du musicien.  

Blanche d'Antigny-Minerve
Hortense, duchesse de Gerolstein





















Cora Pearl dans Orphée aux Enfers


OffenbachS
Ach Offenbach ! Le petit Mozart des Champs-Elysées ! Le génial inventeur de l’opéra-bouffe ! Le héraut de la « fête impériale » ! Ses airs les plus célèbres planent au-dessus des planches de l’album. Le maître lui-même fait une apparition au détour de la troisième planche. Il n’est pas encore chauve mais déjà frileux. Ses favoris mousseux, son menton maigre, son lorgnon pincé sur le haut du nez, sa pelisse en fourrure que Nadar immortalisera en 1878, tout y est. Il n’est pas costumé et s’apprête à quitter la scène. En bon démiurge, il se contente d'observer ceux qu’il a si bien fait chanter, danser et rire.

D’autres personnages observent en même temps que lui et nous les scènes joyeuses du Progrès. Ce sont ces personnages qui nous tournent le dos, hommes et femmes, assis ou debout.
 



Au bal costumé, on lorgne et on se fait lorgner.
Au bal costumé, on ose aussi. On fait fi des bonnes manières en fourrant ouvertement ses mains dans ses poches. 


Les hommes se transforment l’espace d’une soirée en mauvais garçons, brigands napolitains, Méphistophélès, meurtriers patibulaires de l’affaire du Courrier de Lyon dont les cous se perdent dans des tours de chiffon noués à la diable. A l’époque du fait divers, en cette fin du 18e s.,  le cou n’avait décidément pas la côte.


en cette fin du 18e s.,  le cou n’avait décidément pas la côte.


Virginie Déjazet
Les femmes, suprême transgression, se déguisent en hommes. La championne toutes catégories de ce travestissement fut Virginie Déjazet qu’on retrouve en Gentil-Bernard dans la dixième planche. Ce rôle de jeune homme étudiant l’art d’aimer dans la noblesse, la bourgeoisie et le peuple fut « pour mademoiselle Déjazet sinon une de ses plus originales du moins une de ses plus spirituelles et de ses plus heureuses créations »[4]. Il faut dire qu’elle commença, continua et finit sa carrière en s’illustrant dans ces rôles de garçons. A 62 ans encore, elle interprétait le rôle d’un chanteur dans Monsieur Garat de Victorien Sardou. « Sa notoriété et la gloire dont elle embellit ces rôles lui [permirent] alors de donner son nom aux rôles travestis qui sont ainsi nommés les  déjazets ». [5]
Or donc, de charmants déjazets colonisent l’Album, indien, Figaro, page de la reine des fous, poissonnière-garçonne napolitaine en culottes courtes dévoilant mollets et genoux. 



 
délicieux Déjazets


La Castiglione, toujours elle, dans la décennie 1860 avait fait prendre ses jambes dénudées en photo. Le cadrage de ces clichés en dit long sur l’entreprise : les jupes y sont ostensiblement relevées mais le haut du corps volontairement non photographié. La terrible italienne avait également fait prendre en photo ses pieds chaussés et nus. Elle les avait également faits mouler.


les pieds de la Castiglione sous toutes les coutures

C’était le temps où l’on prenait son pied en apercevant le gros orteil de son aimée.
Voilà qui eut du sens et qui n’en a plus. Quoique. Hormis en été désormais addict à la tong, le pied se dévoile toujours moins vite que l’épaule, le sein, les reins ou la fesse et de ce fait, continue étrangement à faire travailler notre imaginaire amoureux.
Nous ne mettrons pas le doigt dans l’engrenage fétichiste du pied, ou seulement un chouilla, le temps de nous extasier sur le feu d’artifice donné par les chaussures de cet album de costumes. Pas de talons hauts mais des escarpins, pas de semelles mais des talons rouges, pas de baskets, mais des souliers et des bottines unisexes aux couleurs pétaradantes, aux nœuds, pompons et lacets débridés. 



Au pied!
Et nous voilà à refeuilleter une fois encore l’album du Progrès, cette fois le regard vissé sur les tatanes.En remontant un tout petit peu le regard, on tombe avec étonnement sur quelques enfants échappés des nurserys. L’un tombe amoureux d’une belle dame qui s’est mise à ses genoux. L’autre siffle un verre de Sancerre rouge. Rien que de très banal là-dedans. Pourquoi les petits d'hommes n'auraient-ils pas eu le droit de se déguiser eux aussi?



Bambins précoces
« Il y eut entre autres aux Tuileries, un bal d'enfants [donné pour le Prince Impérial]. Des lumières et des fleurs à profusion, comme dans les grands bals, un orchestre superbe; dans un salon voisin, on avait établi un théâtre de guignol en permanence; on goûtait par table de trente enfants à la fois. […] Le menu était assez copieux pour des estomacs d'enfants. Sandwichs, petits pains au foie gras, des crèmes, des aspics, des fruits, des fraises magnifiques, en abondance, du chocolat, du café glacé et du… Champagne frappé. Au milieu de la matinée, M. de Verdière fit son apparition dans le bal en costume d’œuf de Pâques;  la tête d'un jeune poulet lui servant de coiffure, émergeait de la coquille. On fit cercle autour de lui comme il se mit à distribuer des cadeaux, ce fut bientôt une vraie cohue. […] Cette fête était naturellement en matinée. Elle prit fin à six heures. On pense si les enfants, après avoir gambadé, couru, dansé, mangé et bu plusieurs heures de suite, dans cette atmosphère de chaleur et de lumière, eurent besoin de prendre un repos prolongé. »
Le 23 avril 1867, c’est au tour de la Comtesse de Fleury d’offrir chez elle, au petit Prince, un bal costumé auquel il ne peut pas prendre part étant tombé malade. Pour le consoler, on fait confectionner un album[6] de 92 photographies au format carte de visite présentant les petits invités déguisés. Les costumes singent ceux de leurs parents : napolitains, espagnols, déesses, marquises et marquis poudrés, reines et bergères, tous posent avec conviction. 

César-Napoléon
On observe dans les prénoms des bambins, une palanquée de Napoléon et quelques Napoléone.
En ça, les parents étaient moins pusillanimes que les créateurs des planches du Progrès. En effet, si Napoléon - number one s’entend - apparait dans l’Album, c'est sous le nom sibyllin de César.  
Bien qu'incognito, il pose au beau milieu de la planche datée de 1870. Simple coïncidence ou allusion lourde de sens? Bien informé celui qui pourrait répondre à cette question. Reste que Napoléon, puisque c’est lui sans conteste, porte fort bien la couronne de laurier, cette couronne qu’un esclave tenait dans la Rome antique, au-dessus de la tête du triomphateur sans cesser de lui susurrer à l’oreille des mises en garde dont les plus célèbres restent cave ne cadas (prends garde de ne pas tomber !)  et memento mori (souviens-toi que tu es mortel).
Mais Bonaparte se l’était collée tout seul sur la tête, la couronne de laurier. Aucun esclave n’avait eu droit au chapitre.

Et ce qui devait arriver, arriva. Il tomba.
Napo III tomba à sa suite.
Quant au Prince Impérial, sanglé dans son uniforme britannique, il tomba de cheval attaqué par les zoulous. Quand on le retrouva, « son cadavre portait dix-sept blessures, toutes par-devant, et les marques sur le sol, comme sur les éperons, indiquaient une résistance désespérée »[7]. 
La « fête impériale » était bel et bien terminée. © texte et illustrations villa browna / Valentine del Moral



LA REVUE QUI A PERMIS D’ÉCRIRE CETTE LORGNETTE est en vente à la librairie.
Album du Progrès, Costumes Historiques, Artistiques et Travestis.

Paris, Auguste Picart, s.d. (1876).
In-4 oblong, reliure postérieure, percaline et première de couverture formée de la page de couverture initialement brochée.

21 planches, soit une page d’explication des 19 premières planches, les 19 planches en question et une planche supplémentaire pour 1876.

Rare et fort intéressant témoignage sur les bals costumés en vogue sous le Second Empire. Ces planches parurent initialement une par une, de 1856 à 1876, dans le journal du Progrès : journal des véritables intérêts de l'art du tailleur et des Modes de Paris.  
Très beaux coloris, bien frais. Petits incidents mineurs aux bords des planches.
Demander détails et/ou prix





[1][1] In le journal le Moniteur de la coiffure.
[2][2] Fleury & Sonolet, La Société du Second Empire 1867-1870.
[3][3] Albert Verly, Souvenirs du Second Empire.  
[4][4] In La Mode, 1846.
[5][5] C. Khoury, «Le travesti dans le théâtre du XIXe siècle : une distribution à contre-genre ?», agon.ens-lyon.fr
[6][6] Pour feuilleter l’album conservé à Compiègne. www.photo.rmn.fr
[7][7] Récit du capitaine Molyneux, du 22e régiment A.D.C.

mardi 28 février 2017

LE BON PLAISIR DU CENTAURE DU XIXe S.


#PourCeuxQuiSontPressés

La #Lorgnette de la #VillaBrowna feuillette un #LivreAncien. Cette fois-ci, il s’agit de la #RevueLeCentaure de #LéonCrémière
#BonPlaisir #Photographie #Hippodromes #Vènerie #Chasse #Vaches #chevaux #chiens #mode #opéra





Pour ceux qui n'ont pas non plus le temps, mais qui le prennent quand même.

Si un centaure, rien qu’un seul, vécut au XIXe siècle, il fut évidemment le protégé de Léon Crémière. Crémière, ce fut le prototype du gars plein de ressources du Second Empire. Il fut l’élève puis l’assistant de Disdéri le photographe du Tout-Paris et l’inventeur en 1854 du portrait au format carte-de-visite. N’ayant pas l’œil dans sa poche mais plutôt rivé à l’objectif, n’ayant pas les deux pieds dans le même sabot, mais bien plantés dans son époque, Crémière ouvrit avec succès son propre studio en 1862. Il y photographia tous ce qui comptait alors d’aristocrates en vue, d’artistes et de célébrités dans le vent, de militaires fringants. Cette même année 62, il fut nommé photographe de la maison Impériale. Tout roulait pour Léon qui avait montré très vite un penchant véritable pour les animaux, chevaux et chiens principalement, qu’il photographia avec une grande sincérité.

Aussi, quand l’envie lui prit de créer une « revue illustrée du sport, de la vénerie, de l'agriculture et des arts », il la nomma tout naturellement Le Centaure. Mi-homme mi-cheval, cet animal mythologique concentrait à lui seul tous les goûts de Crémière. L’image choisie pour représenter la revue, cependant intrigue. On y voit un centaure bandant son arc, un lion mort à ses sabots. Comme on ne peut pas imaginer que le créateur du Centaure ait pensé à donner à sa revue l’apparence d’un de ces centaures soiffards, braillards et queutards à qui Hercule fit la chasse, on doit considérer qu’il voulut ici faire figurer Chiron, seul centaure parmi les centaures à avoir été sage. Du coup, nous voilà obligés de croire Apollodore qui affirma que Chiron nourrit son pupille Achille du sang de lion et de la moelle d’ours et de sanglier. Et nous voilà obligé d’accepter sans broncher qu’après sa mort, Zeus ait transporté Chiron dans le ciel, où il le métamorphosa en constellation du Sagittaire.

Mais pourquoi serions-nous obligés de tout expliquer à la fin? Pourquoi ne pas considérer tout simplement que ce soit au bon plaisir du dessinateur qu’il faille se référer pour… ne pas avoir à décrypter cette image composée de bric et de broc.



  Dans le fond, c’est la revue toute entière qui est axée sur le bon plaisir, celui de Crémière d’abord et celui de ses acolytes ensuite. On le sent très bien dans la variété des sujets abordés, « sport, vénerie, agriculture, arts » mais aussi faits divers, opéra, voyages de chasse et de villégiature, jardins, modes et récits de voyages.
Cela se sent aussi dans la fantaisie qui a présidé au choix des nombreuses illustrations qui accompagnent chaque numéro. Y défilent dans un désordre charmant les effigies d’hommes, de chevaux et de chiens célèbres, des scènes de
courses hippiques et d’attelage, les portraits de vaches primées à la Villette, d’élan de Suède, de lévrier de Russie de chameau harnaché, de faisans multicolores et puis - pourquoi se priver – des évocations du vélocipède naissant, des palmiers luxuriants, de patins à glace révolutionnaires et sublimement glissants. C'est grisant de glisser! Grisant au point que Wladteufel en 1882 en tirera son chef-d’œuvre: Les Patineurs [1]


On pourrait relever sans peine la diversité des techniques d’illustrations employées. On s'en tiendra à la photographie. Elle a la part belle. N’est-elle pas le cœur de métier de Léon Crémière ? Un Lord anglais, une diva, un bull-terrier, des chiens de meute se sont laissé tirer le portrait. La photographie se paie même le luxe de reproduire – c’est un comble – et à plusieurs reprises encore, ses ancêtres les tableaux.


Le bon plaisir de Crémière se retrouve enfin dans l’assortiment des informations que distille la revue. Certes, on y trouve consignées les comptes-rendus de chasse à grands renforts de " renseignements qu'on chercherait vainement ailleurs sur la vènerie impériale et sur les grands équipages de l'époque" et aussi les résultats des courses et des concours généraux de boucherie. Mais parallèlement, on y glane une kyrielle d’anecdotes et de faits divers amusants ou improbables. Il est dommage de ne pas pouvoir les aligner façon litanie. Contentons-nous de la façon puzzle. On trouve le détail d’un banquet hippophagique britannique composé entre autres choses, d’un consommé de cheval ABC à la purée de destrier Amontillado, de filets de sole à l’huile hippophagique, de filet de Pégase rôti aux pommes de terre à la crème, de petits pâtés à la moelle Bucéphale, de poulets garnis à l’hippogriffe, de langue de cheval à la troyenne. On s’initie plus loin, dans un grand article consacré aux loups en Russie, à leurs mœurs secrètes. Saviez-vous par exemple que « lorsque le loup vient de manger et qu’on lui donne la chasse, il commence par vomir, et déchargé de tout poids inutile, il court beaucoup mieux » ? On n’a pas le temps de réfléchir à l’adage « la charrette est un legs de la barbarie ; le chariot une conquête de la civilisation » qu’on apprend que « dans la nuit de Noël [1867], Mme la duchesse de Mouchy a mis au monde un enfant de sexe masculin. Sa majesté l’Impératrice a passé auprès d’elle une partie de la nuit et ne l’a quittée qu’après sa délivrance. »

Quelques pages plus loin, est relaté par le menu un duel au pistolet qui se déroula dans le wagon des bagages d’un train allant de Nashville à Decatur (Tennessee). Les coups de pistolet n’ayant rien donné hormis l'assassinat de l’unique ampoule du lieu, les deux ennemis se ruèrent l’un sur l’autre dans le noir le plus complet et au petit bonheur la chance se lacérèrent de coups de couteaux. Pour rester dans l’ambiance roman de gare, on aura une pensée pour « Souverain, magnifique étalon acheté 10,000 fr. par le gouvernement pour les haras, [qui fut] tué en arrivant à destination de la gare de Rosières. Son wagon-écurie [fut] broyé par la rencontre d'un train de marchandises survenant au moment où on le rangeait ». Dans un autre genre, on s’étonnera de lire que Johnny Bishop, fameux joueur de dominos aveugle, laisse une si fortune colossale à ses héritiers... Un seul adversaire le battit dans toute sa carrière. Je vous le donne dans le mille : il était lui aussi aveugle.
Enfin, on regrettera de ne pas pouvoir accompagner ce collaborateur appliqué du Centaure qui relevant au 27 de la rue Saint-Denis cette enseigne : « MADEMOISELLE AMANDINE. Pommes de terre frites et leçons de piano », considéra que « La chose [valait] la peine qu’on aille vérifier ». Aujourd’hui, las !, LINDSAY a remplacé AMANDINE. Et les fringues made in China, les frites et les double croches.

En laissant la bride lâche sur le cou de son bon plaisir, Crémière crée des éclairages parfois inattendus. Qu’on en prenne pour preuve, ces deux nécrologies qui semblent avoir été composées en miroir. D’un côté, on revient sur les grandes lignes de la vie de Néro, chien favori du Prince impérial, de l’autre sur celles d’Artus Talon, le chéri des champs de courses. Un chien et un homme également pleurés.


Néro par Carpeaux et Rousseau
Néro, tous ceux qui ont mis les pieds au musée d’Orsay le connaissent. C’est ce braque allemand qui en 1865 fut sculpté par Carpeaux enroulé autour du Prince impérial. Ils ont alors huit ans tous les deux. Carpeaux donne l’impression que le chien vient à l’instant de lever vers son petit maître son regard lumineux et confiant. Son oreille est encore en plein mouvement. Le garçonnet, poussé par le poitrail chaud de Néro, a déplacé un tant soit peu sa jambe gauche et a posé sa menotte sur le cou de son ami. Mais au printemps 1867, le chien venait de mourir. Une méchante hernie l’avait fait souffrir sans relâche les derniers mois. Le Centaure publia alors une reproduction photographique du tableau que le peintre Rousseau (Pas le douanier… Philippe seulement) avait exécuté « il y avait quinze jours à peine ». « Docile, le pauvre animal avait posé pour la dernière fois et je dois dire qu'il ne semblait comprendre que très imparfaitement l’honneur que lui faisait le pinceau du grand artiste. L'espoir de passer à la postérité ne paraissait avoir pour lui aucun charme. Fatigué d'une séance de trois heures par une chaleur tropicale, malgré la présence d'un lapin placé tout exprès pour réjouir ses regards, il se serait volontiers laissé aller à une sieste prolongée, sans les appels réitérés du peintre et les avertissements plus sévères du garde qui l'avait amené. » Néro avait suivi « la cour à Compiègne et à Fontainebleau comme à Biarritz et Vichy. Aux Tuileries il accompagnait l'Empereur et le Prince dans leurs promenades au jardin; à Saint-Cloud, il les suivait quand il montaient à cheval et chassait avec eux ».

Artus Talon, en chair et surtout en os.

Si Néro fut fidèle jusqu’à la mort à l’homme, Artus Talon le fut à sa plus belle conquête. « Il aimait trop les chevaux, c'est ce qui l'a tué ». Il mourut un an après le brave toutou à l'âge pas canonique du tout de trente-neuf ans. « Avant 1850, l'intrépide gentleman montait en steeple-chase, et l'on peut voir son nom figurer dans tous les récits des courses au clocher de cette époque, […] Sa réputation de cavalier a été proverbiale sur tous les hippodromes; il a gagné plusieurs grands prix en Angleterre. Au moment où éclata la guerre de Crimée, Artus Talon, lassé de la vie des courses, prit un grand parti et résolut de l'abandonner pour la vie des camps. Il s'engagea et s'embarqua aussitôt. A Constantinople, il acheta un cheval de chasse rouan, aux oreilles coupées, qui ne lui plaisait que médiocrement. Aussi, dès la première affaire, il ne manqua pas de l'échanger contre un magnifique cheval d'officier russe. […] La campagne terminée, Artus Talon revint officier, il avait promptement gagné son grade. Malheureusement, il avait aussi gagné les rhumatismes qui l'ont fait tant souffrir pendant ses dernières années et qui l'ont emporté. Je me souviens d'être venu Spa avec lui il y a un an. Durant tout le trajet, il se tordait dans des douleurs telles, que cela faisait peine à voir. A force de s'infiltrer de l'acétate de morphine, il trouvait deux heures de calme sur vingt-quatre. Etait-ce vivre? Et malgré tout il suivait un régime épouvantable se faisant maigrir pour monter ses chevaux, gaspillant le peu de forces qui lui restait. Il montait généralement de mauvais chevaux aussi faisait-il des chutes fréquentes; ses intimes l'invitaient cependant se ménager. L'un d'eux avait écrit pour lui des commandements qui commençaient ainsi :
"Tous les dimanches, tu tomberas.
Et les lundis, pareillement.
Jamais chair ne mangeras.
Pour être maigre à tout moment."


A plusieurs reprises, la personnalité de Talon apparait dans Le Centaure mais jamais mieux croquée que par le caricaturiste Crafty qui le fit plus maigre qu’un cent de clou et vissé à son cheval coûte que coûte. Si Talon fut le vrai centaure de son époque, Crafty fut quant à lui le poulain de Crémière. Dans chaque numéro ou presque, le rédacteur en chef lui octroya deux pages entières qui virent naître les premières planches de ses observations parisiennes et s’épanouir ses premiers instantanés de l’exposition universelle de 1867. Ces planches furent réunies plus tard par Crémière qui les publia en deux albums, les premiers de Crafty, qui furent intitulés « Snob à Paris » et « Snob à l’exposition ».


La gestion du vide par Cratfy et Vallotton


C’était encore le temps où l’on recrachait le caviar dans des crachoirs installés à cet effet. Crafty donne une amusante version crayonnée de cette méfiance pour la gastronomie russe. La légende du dessin se désole que « pour une personne qui entre et consomme, trois cents se contentent de regarder. Tout le monde aurait-il donc goûté au caviar ? » L’illustrateur joue sur les pleins et les vides pour montrer la suspicion des visiteurs français envers les cuisiniers russes. Comme Vallotton dans La manifestation, dessinée une vingtaine d’années plus tard, il prend le parti de masser le gros des troupes en haut et à droite de l’image. Le vide créé en bas à gauche semble plus intense et plus trouble, par le simple fait que notre esprit cartésien tend inconsciemment à placer les « choses lourdes » vers le bas. Voilà qui, en passant, vous explique pourquoi l’histoire de la chute de la pomme de Newton vous permet de piger au quart de tour la théorie de l'attraction universelle.

Laissons Newton à sa pomme, Archimède dans son bain et revenons à Crafty qui ne fut pas qu’un histrion de l’anecdote. Ses dessins redonnent vie à ce Second Empire insouciant et souvent potache. Ses illustrations vives et faussement naïves prennent aussi à l’occasion une importance insoupçonnée. L’une d’elles permet d’exhumer un témoignage d’une de ces demeures disparues qui font le quotidien des courageux étudiants de l’Ecole du Louvre qui suivent le cours « Architecture et décor des grandes demeures ». Dans la livraison de mars 1867, Le Centaure fit en effet paraître un de ses dessins représentant un des huit panneaux peints par Heyrault pour le décor du salon aujourd’hui disparu de La Vénerie, l’incroyable maison que voua au culte de la chasse le comte d’Osmond, ce furieux sportsman à qui nous devons les épatants Hommes des bois.



Les vainqueurs des steeple chases de 1868


Le Centaure, c’est aussi la bible des courses, cette belle folie du Second Empire. En 1857, sous l’insistance du duc de Morny, demi-frère de Napoléon III et membre du Jockey Club, on a inauguré en plein bois de Boulogne l’hippodrome de Longchamp, le premier véritable terrain de plat de la Capitale. La Société des Steeple-Chase de 1863 jusqu'à la guerre de 1870, organise des courses d’obstacles dans le bois de Vincennes.




Les courses font véritablement fureur. Les jockeys sont alors de très fashionables petites personnes, aux lèvres carmin, aux favoris et moustaches passés au fer à friser. Les couleurs chatoyantes des toques et casaques font écho aux robes et chapeaux des belles de cet Empire durant lequel on galopa et on valsa à qui mieux mieux. Dans Le Centaure, pas un numéro ne sort sans sa ou ses gravures hippiques. Le plus souvent en couleurs, elles sont gommées donnant une impression profonde de vitalité. Les chevaux sont de beaux spécimens que l’on connait par leur nom et que l’on représente légèrement allongés dans un goût anglais alors « so chic ! ». La maquette de la revue n’est-elle pas elle-même - c’est la Revue britannique qui l’affirme - « conçue sur le plan des journaux anglais de sport et de chasse et rédigée par les notabilités du monde cynégétique » ?

Quasiment personne n’aurait à cet instant parié un sou sur l’idée que moins de cinquante ans plus tard, le cheval serait en passe d’être supplanté par la voiture à moteur et le vélocipède. Quelques-uns en eurent la prémonition cependant et la fixèrent sur papier. S’il fallait ne citer qu’un livre, ce serait la Fin du cheval de Pierre Giffard, illustré de main de maître par Albert Robida et dont la couverture saisissante ne s’oublie pas. On y voit une tête de cheval de face, les yeux exorbités, le naseau frémissant, la crinière indomptée.



Mais n’allez pas imaginer que dans ces années 1860-1870, le cheval n’ait été que roi, et que sa vie ne fut que rose. Une illustration de Crafty s’applique à nous le rappeler. Elle est intitulée « Rêves d’un cheval de fiacre ». On y voit un cheval endormi sur de la vieille paille, l’encolure empêchée par un licol trop court. Sur son ventre, d’infernaux personnages s’acharnent. On y reconnait à leurs attributs, un cavalier, un cocher et un maréchal-ferrant. On serait presque tenté d’y voir un hommage au Cauchemar de Füssli peint en 1781 et qui connut un succès immédiat et européen.



Les cauchemars par Füssli et Crafty


"Il me trouve un peu dur"
Au-dessus de cette scène d’écurie, dans un nuage de rêve, s’enchainent les affres de la vie du cheval de fiacre et les promesses de l’abattoir. Au centre de la composition, séparé du reste des évocations par un cercle dessiné, on découvre la « Consolation !!! » de la pauvre bête de somme, à savoir un gros viveur qui mord à pleines dents dans un cuissot de cheval. La légende dit tout : «Il me trouve un peu dur».
Et nous revient en plein esprit, ce passage d’Un voyage dans les terres de Robert-Louis Stevenson (1878) qui nous a, il y a peu, été admirablement lu. Je vous laisse juges : « Et s'il est vrai, comme je l'ai ouï dire, que les tambours sont recouverts de peau d'âne, quelle pittoresque ironie cela ne contient-il pas ! Comme si la peau de ce patient animal n'avait pas été suffisamment battue pendant qu'il était en vie […], il fallait encore qu'elle fut enlevée aux quartiers de derrière de la pauvre bête, après sa mort, tendue sur un tambour et battue chaque nuit à la ronde dans les rues de toutes les villes de garnison de France. […] Mais dans cet état de momie et de triste survivance à soi-même, lorsque la peau creuse retentit sous les coups des baguettes, que chaque rataplan va droit au cœur d'un homme, y introduit la folie et cette disposition du pouls, que dans notre façon emphatique de parler nous surnommons Héroïsme, n'y a-t-il pas une espèce de vengeance contre les persécuteurs de l'âne. Autrefois, pourrait-il vous dire, vous me faisiez monter la colline et descendre la vallée coups de bâton, et j'étais forcé de l'endurer mais présent que je suis mort, ces coups sourds qu'on entendait peine dans les chemins de campagne sont devenus une musique entrainante en tête de la brigade, et pour chaque coup dont vous avez frappé ma peau, vous verrez un camarade chanceler et tomber ». © texte et illustrations villa browna / Valentine del Moral

[1] pour les écouter https://www.youtube.com/watch?v=K2k4B2VsIGU


LA REVUE QUI A PERMIS D’ÉCRIRE CETTE LORGNETTE est en vente à la librairie.

Le Centaure
Paris, Crémière, 1867-1868.

3 volumes in folio, percaline éditeur verte frappée de lettres et écussons dorés.

Rares volumes de cette revue très célèbre, très réputée, témoin du faste du Second Empire. Le Centaure, sous la direction de Léon Crémière parut de 1866 à 1869. Les trois volumes présentés couvrent l'année 1867 et une demi-année de 1868.
Quelques brunissures. Rares incidents aux lithographies aquarellées à la main, la plupart du temps aux endroits qui furent vernis. Un portrait de célébrité d'opéra manquant.
103 planches sur carton fort. Ces planches allient les techniques de la photographie, la lithographie en deux tons, la lithographie en couleurs, la lithographie aquarellée à la main et gommée, les gravures de mode.
Dans le texte, à pleine page, on trouve de très nombreux dessins au trait, essentiellement de Crafty.
Th. 159 "On trouve dans cette revue des renseignements qu'on chercherait vainement ailleurs sur la vènerie impériale et sur les grands équipages de l'époque".
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